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COURS

ÉLÉMENTAIRE

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TACTIQUE NAVALE.

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in 2012

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COURS

ÉLÉMENTAIRE

D E

TACTIQUE NAVALE,

DÉDIÉ A BONAPARTE;

par AUDIBERT RAMATUELLE, ancien officier

de la marine militaire.

PARIS,

BAUDOUIN, Imprimeur de PInstitut national, rue de Grenelle-Saint-Germain, n°. n3i.

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cv^ucuuo ôe<x> foattefiedo Do ■fou atatiDo aDiwiuûttatîo»? uo «voua, di« ctmuaèto. lVotto aeuio et? ciuuza.uo toutes fedo partie*, , ci- <w<5g Hmedo 50 aowu. potteeA, auir fo cotuweîxO} douteo nuuteDiato Detfo zicheiïe<!c , Do fou ptcapetito eu. Do feu putaauco De<5o T^atiow^o. TTtaictv £0 cotuutesxo Do fou «jtauco *io peau, J^eutitr datiA, cofouiede , feA; cofouîeA^ tio peuoeiu- txiit&xj poutr fou yzauczj jattdo aou vzotectict) ; du. cetto ptotectior) ito peuu. feutr ctzo cjricacetueuK. a&useo quo pair udo wianuo tuifitaito.

dlo uioutewu. ou, cyettu Do «etiDto 309 utifo acttotto ou co atatiD ittouer? Do fou pui&atico ttatiouafo. <*ou pezmitiior) quo «voua- aye%j (nen <vou£u> ui'accotDetr, patr f'ozgatto bu Htiuutzo Do fou uiauuo , Do faito paioîtzzj , 4011A, H'OtX/ amptccA, 3 fo pteutieir ouvtaqo tfeuteutaito oui cjcwto auv fou

iactîquo iiavafo, auuouct) ùej «votïO jsclzl. £o «vœu fotiuet Do jnopaaetr «17 geuto D'uutuictiorj au'oi? avou~ trop -foitq-teiwpdo «eataetiHw eu fétu Do Deiio utatheuiatique^. «vttupuuiop <)u Gcuvezuemeviu. hâtera.' fo tuotMeu<w fou mariwo wtifitaito «ecueiuetcu iea> ftuitdo nuej Ceav couuui&toMdo c?iazaée<Xj Do Cexamer) Do ttiotj oucrago ér? owu. faii~ eapetetr.

^uawu co luot, Çéuézaf. pzetuiev Coitéuuy coiiDawiuo pair fecJo cûcoutauceaj co DucotitiMuetr xwzôo i&zviced; petiowuewo eu uteu patno j îo two tëoruo eu •fui ofjWr, Daudo £00 yezAowvizj Du chef Du Çouveruetueuk. , fo twuftau. Do cviwgu- auA/ Do travaux? , D'experieucedo ei~ Do mébitatiouôo. peureux) 51 io puiâu y pair co foi6fo tziftuu. , -fui prouver feo diuceuto Do ineav H>œux> pouir ioo moôoéiitfa tu. youv ôoj> afoito !

(Jaw

z-o ez-o ïedpecho ,

dJiii^iveti^3 Qj\awiatuetl<LJ.

PRÉFACE.

L'art de la guerre se réduit à un seul principe: mettre de son côté la loi du plus fort. C'est au génie à créer les ressources qui peuvent le mo- difier dans les moyens d'attaque et de défense.

Cet art est porté à un grand degré de perfection pour la guerre de terre. 11 s'en faut bien, il me semble, que nous soyons aussi avancés pour la guerre sur mer. Cependant il n'est peut-être pas d'art pratique il importe plus de connoître et d'ap- pliquer les principes capables de diriger l'action de la loi du plus fort. Les forces absolues ne sont rien , si on n'est pas en état de lutter d'habileté avec celui qui sait créer et employer les forces relatives. Le vaisseau qui en attaque un autre est sûr d'en triompher , si celui-ci ne sait pas ou ne peut pas combattre. L'art consiste donc à le réduire à l'impossibilité 7 sinon de se défendre , au moins de déployer les moyens d'attaque et de défense qu'il a à sa disposition. Ce que je dis d'un

viij PRÉFACE,

vaisseau s'applique à une partie d'armée, à une armée entière. Quelle que soit la supériorité de ses forces , elle pourra être battue , si on la prive de la faculté de les déployer avec l'ensemble , sans lequel il n'y a point de supériorité. Ceci tient aux positions. I/art consiste à les prendre , à les conserver, et à les reprendre lorsqu'un accident les fait perdre. Cet art est, en dernière analyse, l'objet de la Tactique navale. Il n'existoit guère parmi nous que dans la tradition. Plusieurs au- teurs ont écrit à la vérité sur cette matière ; mais aucune des tactiques connues ne me paroît avoir atteint le but qu'elles ont se proposer. Tout s'y réduit à peu près à des traités sur les signaux, à donner la manière de former les ordres , et de passer des uns aux autres. On n'y a indiqué ni l'objet , ni les avantages , ni les inconvéniens de chacun de ces ordres. On n'y a point fait con- noître les circonstances ou l'un doit être préféré à tous les autres. On y a sur-tout négligé d'établir et de développer les principes d'après lesquels on doit se conduire en présence de l'ennemi , soit pour engager ou pour éluder le combat, soit pour chasser ou pour prendre chasse , selon que l'on est au vent ou sous le vent , selon que Ton est plus ou moins supérieur ou inférieur en forces»

PRÉFACE. ix

On n'y trouve rien pour les chances si communes des variations de vent en présence de l'ennemi, qui, en dénaturant absolument les positions , font bien souvent perdre le fruit des manœuvres les mieux combinées , et qu'il importe essentiellement de pré- voir , pour tirer de ces variations mêmes tous les avantages que les circonstances peuvent comporter.

Le nombre infini des causes qui concourent à toutes les positions possibles d'une armée , d'une escadre , ou de bâtimens isolés , fait que bien ra- rement , ou peut-être jamais , on ne se trouvera dans des positions égales à celles qu'on aura cher- ché à prévoir. D'où il suit que toutes les suppo- sitions sur les mouvemens d'une armée ou des bâtimens isolés , ne doivent être envisagées que sous leurs rapports avec certains principes géné- raux , féconds en conséquences , dont l'analogie avec toutes les positions éventuelles doit exercer le génie, et fixer les idées des officiers, à l'effet qu'ils s'habituent de bonne heure à la recherche et à la combinaison de tous les mouvemens avec lesquels il faut absolument qu'ils se familiarisent.

Ces principes généraux ne se trouvant établis et développés nulle part , leur recherche a été le principal objet des méditations et des observations qui ont donné lieu à cet ouvrage.

b

x PREFACE.

Le nombre et la complication des manœuvres n'aboutissent jamais qu'à multiplier les incidens , et à aggraver les embarras. C'est sur-tout en pré- sence de l'ennemi qu'elles doivent être simples et peu nombreuses. L'habileté consiste à les faire résulter de sa position , soit qu'on se la soit mé- nagée , soit qu'elle ait été forcée par les évéhe- înens. De-là , la nécessité d'une première bonne formation ; de-là > celle de la précision dans les manœuvres; de-là , celle de ce coup-d'œil géné- ral et rapide qui saisit comme à la volée l'ins- tant favorable à l'exécution de tel ou tel mouve- ment ; de-là enfin celle de la promptitude dans l'exécution qui doit en déterminer et en assurer les avantages.

On ne sauroit donc s'exercer et s'habituer de trop bonne heure à la connoissance , à la combi- naison et à l'exécution de tous les mouvemens d'armée. La réunion de ces moyens peut seule produire la confiance et la hardiesse avec lesquelles on doit manœuvrer en présence de l'ennemi. Si on n'est point familiarisé avec tous ces mouve- mens, on s'expose, soit dans le commandement, soit dans l'exécution , à des hésitations et à des oscillations dont le résultat est toujours de laisser échapper le moment favorable.

PRÉFACE. xj

Un ouvrage tendant à prévenir ces hésitations et ces oscillations doit donc être d'une grande utilité aux officiers de la marine militaire. Cet ouvrage n'existant pas , j'ai pensé qu'on pourroit recevoir avec indulgence celui que je me permets de publier.

Toutes nos tactiques se réduisent, à bien peu de chose près , aux objets que j'ai traités dans quelques chapitres de la première partie ; encore y ai-je fait bien des changemens et des additions.

Les définitions sont à peu près les mêmes que celles données par nos auteurs.

J'ai ajouté des principes aux principes connus; je les ai appuyés sur des démonstrations mathé- matiques. C'est ainsi que j'ai prouvé la possibilité de connoître la grosseur respective d'un bâtiment dont on ne découvre que partie de la mâture ; de comparer la marche de deux bâtimens dont les routes sont divergentes ou convergentes; de déter- miner, même avec un seul observateur, le relè- vement sur lequel une armée est développée : opé- ration importante, qui, en général , doit précéder toutes les dispositions à faire , soit pour les chasses , soit pour le combat, etc. etc. etc.

J'ai montré comment un bâtiment doit chasser ou prendre chasse 7 selon qu'il est au vent ou sous

xij PRÉFACE.

le vent. Ce'cte partie intéressante n'étoit, pour ainsi dire , qu'indiquée par nos auteurs.

J'ai conservé le système des signaux de Dupa- villon , parce qu'il me paroît le meilleur. Je m'y suis néanmoins permis quelques additions , quelques changemens dans les développemens , sur-tout clans ceux relatifs aux fausses routes , à la latitude et à la longitude , à l'indication d'un nouveau point de ralliement ; etc. Je propose ? pour le combat , des signaux dans lesquels il suffit de reconnoître les couleurs et les dessins d'un seul pavillon 7 pour exprimer quatre-vingts ordres.

Les signaux admis jusqu'à ce jour pour les combats de nuit ne pouvoient signaler que vingt et quelques articles. Cela vient de l'impossibilité d'y employer les fusées et les coups de canon. Je propose une méthode qui, sans augmentation de signes, peut signaler plus de quatre-vingts articles.

J'indique , pour prévenir les abordages en temps de brume 7 des moyens nouveaux dont on pourra se servir pendant la nuit ? quand on ne voudra pas montrer des feux , etc. etc. etc.

Je donne le mode de distribution des vaisseaux dans une armée ; je prouve l'importance dont il est que leur poste dans la ligne soit assigné, non

PRÉFACE. ' xiij

seulement à raison de leur force , mais encore à raison de leur degré de marche relatif.

Une armée ne doit pas ? dans toutes les cir- constances 7 naviguer formée sur le même ordre. Je montre les avantages et les inconvéniens de ceux sur lesquels elle doit naviguer. J'indique les cas l'un doit être préféré à l'autre.

Les principes généraux sur la navigation et sur les mouvemens d'une armée en ligne sont basés sur ceux donnés par nos auteurs. J'y ai fait les additions dont l'expérience m'a fait sentir la né- cessité.

J'ai ajouté des ordres dont je crois avoir prouvé les avantages ; j'en ai supprimé qui m'ont paru inutiles.

Mon objet a été de diminuer et de simplifier les manœuvres. J'ai ramené à un seul principe l'exécution de toutes les évolutions. J'en ai sup- primé un grand nombre qui ne peuvent jamais être utiles en présence de l'ennemi. Elles ne ser- voient qu'à fatiguer ou à embrouiller la mémoire , à tenir i\ fficier dans un état de gêne qui s'oppose au développement des talens , et à entraver la marche du génie dans un art il est si néces- saire de lui donner de l'essor.

Le rétablissement des ordres de bataille ou ck*

xiv PRÉFACE.

ceux qui en dépendent , le passage d'un de ces ordres à un autre , supposant la présence et même la proximité de l'ennemi , on sent combien il est désavantageux de n'avoir qu'une seule méthode pour y parvenir. En conséquence , j'ai cru devoir en indiquer plusieurs, afin qu'on puisse employer celle qui concourra le mieux avec les autres cir- constances à faire atteindre le but que l'on se propose.

Il est des positions où, pour conserver de l'en- semble dans les mouvemens , il seroit à désirer que l'on pût indiquer à chaque capitaine ce qu'il a à faire pour l'exécution d'une manœuvre or- donnée. Mais ces indications partielles , données en forme de règles générales, ne pourroient être fondées que sur la supposition d'un ordre rigou- reusement formé. Or ? on ne peut jamais compter sur cette exactitude. Il importe donc que chaque officier soit assez instruit et assez exercé pour sup- pléer ? par ses ressources personnelles ? à l'impos- sibilité ou à l'insuffisance de ces indications.

J'ai réduit à huit les ordres primitifs de la tac- tique. J'ai développé la manière de les former , en rapportant toutes les manœuvres à faire pour y parvenir, au principe général que j'ai établi pour toutes les évolutions.

PRÉFACE. xv

J'ai fait connoître l'usage de tous les ordres en particulier. J'ai indiqué leurs inconvéniens et leurs avantages, selon les positions l'on peut se trouver. J'ai déterminé les cas l'on doit préférer l'un à l'autre.

La manière d'éclairer la marche d'une armée en présence de l'ennemi, lorsqu'on chasse, et selon que l'on a un ou plusieurs observateurs; la con- duite à tenir , lorsqu'on est chassé , pour dérober à l'ennemi la connoissance des fausses routes , donnent lieu à des combinaisons si variées et en même temps si importantes pour le sort des chasses, que j'ai cru devoir les développer.

Je suis entré dans de grands détails sur les mouvemens à exécuter par une armée , soit qu'elle chasse, soit qu'elle soit chassée, selon qu'elle sera au vent ou sous le vent, selon qu'elle sera peu ou beaucoup supérieure ou inférieure en forces.

La Tactique de Morogues a donné quelques principes sur les chasses et les retraites en armée. Mais tous ses mouvemens sont fondés sur Vangle obtus , formation impraticable et désavantageuse dans tous les cas. Aussi je ne crois pas qu'on puisse citer une occasion une armée en ait fait usage. D'ailleurs cet ordre suppose que l'on court grand largue ou vent arrière. Or, on peut être

xrj PRÉFACE.

obligé de chasser ou de prendre chasse à toute autre allure. Le degré comparatif des forces de l'ennemi , sa position , ses manœuvres , etc. etc. etc. tout nécessite des formations différentes.

Les combats qui terminent les grandes querelles des nations, et qui sont l'objet de toutes les tac- tiques , sont une partie trop importante de l'art naval , pour que je n'aie pas cherché à l'approfon- dir. J'ai indiqué d'abord des règles de conduite pour les combats particuliers , et ensuite pour ceux en armée , selon que les forces sont égales , supé- rieures ou inférieures , selon que l'on est au vent ou sous le vent.

On verra , dans le chapitre des chasses et du combat en armée, combien je suis éloigné de res- treindre la tactique aux formations méthodiques dans lesquelles on ne peut agir qu'en masse et en vertu des signaux. J'ai cherché à montrer combien cette manière de manœuvrer doit nuire aux grands succès , parce que les occasions favorables et déci- sives sont souvent perdues, soit par les difficultés qui empêchent le général de tout voir , soit par les inconvéniens auxquels les signaux exposent. Je rappelle à cet égard la conduite des armées de terre. Combien de mouvemens divers ne font-elles pas pour engager l'ennemi à faire de fausses ma*

PRÉFACE. xvij

nceuvres , pour le contourner , et sur-tout pour le battre en détail ! Les commandans en chef donnent des instructions générales. Les chefs particuliers ont une grande latitude pour profiter de ces mo- mens favorables , mais fugitifs, desquels dépend bien souvent le sort d'une bataille. Il nie semble qu'il y a une grande analogie entre les principes qui doivent diriger les armées de terre et les armées de mer. Les caprices des élémens, les hasards du combat offrent sans doute à celles-ci plus de dif- ficultés à vaincre : mais ces chances sont égales pour tous. Elles rendent peut-être plus nécessaire cette latitude dans les moyens d'exécution qui, dans la main d'un officier habile ? peut souvent seule procurer les résultats les plus décisifs.

On peut attribuer la latitude qu'ont les chefs particuliers des armées de terre à la faculté qu'a le général de leur faire connoître ses plans et d'en concerter avec eux les moyens généraux d'exécu- tion : faculté que n'a point le général de mer , parce qu'il n'a jamais que le moment pour déter- miner ses plans d'attaque ou de défense. Je crois que pour parer à cet inconvénient , il doit donner à son armée un certain nombre de plans auxquels il joindra les instructions nécessaires pour mettre les chefs particuliers et les capitaines à même d'agir

xviij PREFACE.

selon les occurrences. L'habileté consistera alors à prendre une position qui facilite à l'armée l'exé- cution d'un de ces plans. J'ai cru devoir en pro- poser quelques-uns, soit pour l'armée du vent, soit pour l'armée sous le vent, à l'effet d'indiquer les principes d'après lesquels on pourra en former d'autres.

L'objet principal de la marine militaire étant de protéger le commerce , et le commerce ne de- vant se faire en temps de guerre que par des con- vois , leur escorte étoit trop liée à mon sujet , pour que j'omisse de traiter cette partie.

L'attaque des vaisseaux embossés m'a fourni un chapitre important.

Le débarquement des troupes en pays ennemi est d'un intérêt trop majeur pour ne pas entrer dans tous les détails relatifs aux opérations de Farinée de mer. De plus , j'ai prévu que l'officier de marine peut , quoique privé des secours de l'armée de terre , être dans le cas d'effectuer des débarquemens , soit pour enlever une possession , soit pour attaquer au mouillage des vaisseaux que leur position ne permet pas de combattre par mer. Je crois donc qu'il ne doit point être totalement étranger aux opérations relatives à la guerre sur le terrain. Sans doute on ne peut , à cet égard ,

PRÉFACE. xk

compter sur des succès qu'autant que les ennemis n'opposent pas de grands moyens de résistance; encore faut-il que l'officier de mer soit dans le cas de les apprécier. Plusieurs débarquemens je me suis trouvé m'en ont fait sentir la nécessité , et m'ont mis à même de hasarder à cet égard quelques principes. Je sens bien qu'ils sont insuffisans. Rien n'a été écrit sur cette partie, je laisse à d'autres le soin de l'approfondir.

Les accidens du feu dans les combats sous le vent de l'ennemi sont si multipliés , et leurs suites si fâcheuses, qu'on les met au nombre des désa- vantages de cette position ; ils sont sur-tout occa- sionnés par l'explosion des gargousses qui prennent feu par la flamme des canons, ou par les flammèches que le vent refoule sur le vaisseau et dans l'inté- rieur. Ces explosions mettent toujours beaucoup de monde hors de combat, et peuvent occasionner les plus grands ravages. Je propose un procédé qui m'a paru aussi simple que facile pour prévenir à cet égard tous les événemens.

Pour éviter la sécheresse et les inconvéniens des abstractions , j'ai rappelé à l'appui des principes les combats qui m'ont paru les plus remarquables. En offrant des modèles à suivre , j'ai cherché à prouver ce que peuvent la hardiesse , le dévoue-

xx PRÉFACE.

ment et la confiance, sans lesquels il me paroît impossible d'opérer de grandes choses.

On reconnoîtra facilement, par la comparaison de cet ouvrage avec ce qui a été écrit jusqu'à ce jour, que pour la plupart des chapitres je n'ai eu d'autres ressources que mes méditations et mon ex- périence. Les auteurs, les plus modernes sur-tout ? n'ont guère donné que des traités sur les signaux, avec un grand nombre d'évolutions , la plupart inutiles, dont le résultat est la complication et la combinaison d'une grande quantité de mouvemens dont on ne peut faire aucun usage devant l'ennemi.

Quelques auteurs ont donné , à la vérité 7 un petit nombre de figures pour les mouvemens d'une armée en présence de Pennemi 5 mais ils ne les ont appuyées sur aucun principe , et ne leur ont donné aucun développement : d'ailleurs ? qu'est-ce que ce petit nombre de figures en comparaison du plan qu'ils auroient pu embrasser ? On regrette de ne trouver dans aucun de ces ouvrages modernes , ni l'indication ni les développemens des principes d'après lesquels les armées françaises ont évolué sous les ordres des généraux d' Qrvilliers > de Gui- chen y le Bailly de Suffren, etc. etc. Auroit - on pensé qu'il est des connoissances qui ne doivent point être rendues publiques ?

PRÉFACE. xxj

Convaincu que les vrais principes des arts ne peuvent être que le résultat d'une longue série d'observations recueillies avec soin , intelligence et bonne foi , c'est dans le grand livre des événemens que j'ai cherché ce qui m'a paru devoir remplir le vide reproché à nos tactiques ; c'est dans les chasses en armée que j'ai établi mes principes sur les chasses; c'est au milieu de dix combats que j'ai étudié et que j'ai cherché à déterminer les manœuvres d'où peuvent dépendre les succès ; c'est au dernier coup de canon que j'ai écrit ce que j'avois observé, et tout ce que les discussions entre les officiers expérimentés ont pu me procurer d'utile ; les fautes même ont servi à mon instruction autant que les manœuvres les mieux conçues , les mieux exécutées. J'ai mis à contribution les lumières et l'expérience de mes camarades, en les consultant sur les détails et sur les causes des résultats des combats auxquels je n'ai point assisté. Ce genre de travail m'a mis à même de recueillir de nombreux matériaux. J'ai cédé d'abord aux invitations réitérées de les mettre en ordre. L'approbation et les instances des officiers instruits m'ont déterminé à donner à mes notes la forme d'un ouvrage régulier. Il a été soumis à l'examen de deux commissions qui ont été du même avis sur l'utilité dont il peut être à la marine. Leur

xxij PRÉFACE,

opinion m'a enhardi à l'offrir au public. Heureux si j par un travail qui est le fruit de plus de vingt ans de méditations et d'une plus longue expérience, je puis espérer d'être encore utile à ma patrie, ne fût-ce qu'en provoquant des critiques qui fourniront à des mains plus habiles l'occasion de faire mieux !

Je crois néanmoins qu'avant de prononcer sur les avantages ou les inconvéniens des nouveaux ordres et des nouveaux mouvemens que je propose, il est indispensable d'en faire l'essai dans des esca- dres d'évolution : supposé même que l'on trouvât aujourd'hui quelques-unes de ces manœuvres trop difficiles , ce ne seroit pas une raison pour les re- jeter (1). Si les principes sur lesquels elles sont fondées sont vrais 5 si les effets qu'elles doivent produire sont incontestables , il importe de les con- noître pour ne pas rester exposé à leurs résultats, si on avoit affaire à un ennemi assez hardi pour les entreprendre , et assez habile pour les exécuter.

L'art naval a fait dans le siècle qui vient de finir des progrès qui nécessitent, de la part des of- ficiers, une étude sérieuse et approfondie. Personne ne rend plus que moi un hommage sincère aux connoissances et aux talens de ceux qui ont illustré

(1) Combien de choses ont été trouvées impossibles dans un temps , qui ont été trouvées faciles dans un autre !

PRÉFACE. xxiij

la marine française, sur-tout clans la guerre de 1778 : mais l'instruction relative aux grandes ma- nœuvres étoit beaucoup trop concentrée ; elle ne se propageoit que par la tradition. Ce moyen man- quoit souvent à l'officier qui eût été le plus capable de l'acquérir, si le hasard l'eût mis en contact avec des hommes habiles. On peut remarquer que Dupa- villon y qui avoit été major du général àiOrvilliers, qui a fait preuve de talens supérieurs dans toutes les circonstances , qui est considéré comme ayant tiré la tactique navale du chaos , étoit du départe- ment de Roc/iefortj et que les Buord, les Vau- giraud, les Léguille, qui ont exercé avec la plus grande distinction les fonctions de majors dans les principales escadres, étoient du même département. Il est à présumer que les autres départemens eus- sent aussi fourni un contingent proportionné , s'ils avoient eu un Dupavillon qui leur eût habituelle- ment communiqué ses idées et ses lumières.

La pénultième guerre a singulièrementcontribué à généraliser l'instruction , parce que les officiers ont beaucoup plus roulé entre eux pour le service- mais ces connoissances n'étoient point écrites. Nos rivaux sont dans le même cas. Les lumières ne se propagent et ne se perpétuent chez eux que par la tradition. Le corps de leur marine n'ayant pas

xxiv PRÉFACE.

changé , la tradition s'y est conservée par les indi- vidus qui se sont succédés. Elle s'est enrichie, par l'effet des progrès naturels des arts, de toutes les lumières que l'expérience et les talens y ajoutent chaque jour, soit par l'étude, soit par de nouvelles découvertes.

Ces considérations me paroissent nécessiter plus que jamais la publication d'un ouvrage qui con- serve les lumières acquises , et qui transmet les leçons de l'expérience à ceux qui n'ont pas été à même de les recevoir directement.

Le Gouvernement exige des connoissances ma- thématiques de la part de ceux qui se destinent au service de mer. Cette science est sans doute néces- saire , mais elle est aussi insuffisante pour l'officier de la marine que pour les officiers du génie , de l'artillerie , etc. Ceux - ci ne sont admis dans les corps qu'après des examens rigoureux sur les con- noissances directement relatives à leur art. Cette méthode a toujours produit les plus heureux ré- sultats. Pourquoi ne feroit-on pas pour la marine ce qu'on a fait avec tant de succès pour le génie et l'artillerie ?

Je suis loin de penser que l'étude de la théorie de l'art naval suffise pour former môme un bon capitaine. Indépendamment de l'étude pratique ^ il

PRÉFACE. xxv

y a des qualités physiques et morales que la nature donne , que l'éducation et l'instruction perfection- nent et développent , et sans lesquelles un homme ne peut jamais devenir apte à faire de grandes choses : mais toutes ces qualités seront insuffisantes à leur tour, si elles ne coïncident pas avec des con- noissances positives de l'art , et si , à armes égales , on a à lutter contre un ennemi instruit.

J'avois depuis long-temps réuni les principes qui ont servi de base à cet ouvrage ; il m'avoit été de- mandé, en 1789 et 1790 ? pour être imprimé aux frais du Gouvernement ; mais je ne me dissimulai point qu'il étoit susceptible d'amélioration : c'est à la mer et au milieu des combats que j'espérois trouver les moyens de le terminer par les additions et par les corrections que l'expérience et la médi- tation m'auroient dictées. Les circonstances ne me l'ont point permis. L'amour de mon pays a l'emporter sur les alarmes de l'amour-propre : c'est un titre à l'indulgence de mes lecteurs. Quoi qu'il en soit , je me croirai honorablement dédommagé de ce long et pénible travail , si sa publicité peut contribuer directement ou indirectement à donner à notre marine un éclat digne du nom français.

d

, Copie d'une lettre du ministre de la marine , du ip

frimaire an 1 o .

Le ministre de la marine et des colonies au citoyen Audibert Ramatuelle, ancien capitaine de vaisseau.

« L'opinion avantageuse exprimée, citoyen, par les différentes y> commissions qui cnt examiné votre ouvrage , intitulé Y Art » naval (1), et le témoignage favorable que vient d'en rendre tout » récemment le vice-amiral Rosili, m'ont engagé à proposer au » premier Consul , ainsi que vous me l'avez demandé , d'en » accepter la dédicace.

» Je vous préviens que le premier Consul a agréé cet hommage , v> et c'est avec plaisir que je vous annonce que les motifs qui » avoient dicté ma démarche ont aussi déterminé son acceptation. »

Signé y Decr.es. Pour copie conforme ,

Audibert Ramatuelle.

(i) Les développemens que j'ai cru devoir donner à cet ouvrage } depuis cette lettre , m'ont mis dans le cas d'en changer le titre.

TABLE

DES CHAPITRES.

PREMIERE PARTIE.

P f a c e. Page vij

Chap. Ier. Définitions. 1

Chap. II. Principes généraux de la tactique. n

Chap. III. De la chasse d'un bâtiment par un autre. 48 Chap. IV. Des signaux. 64

Chap. V. De la distribution des vaisseaux dans une

armée. 121

Chap. VI. De l'ordre à tenir par une armée dans la

navigation. 128

Chap. VII. Principes généraux sur la navigation d'une

armée en ligne. !33

Chap. VIII. Principes généraux sur la formation des

ordres. 238

Chap. IX. Des ordres primitifs. 143

Chap. X. Formation des ordres primitifs. 146

Chap. XI. Rétablissement des ordres troublés par un

changement de vent ou de route. i55

Chap. XII. Du passage d'un ordre à un autre. . 104

Chap. XIII. Principes généraux sur les mouvemens d'une

armée en ligne. 227

Chap. XIV. Usage des ordres primitifs. 238

Table des Chapitres.

SECONDE PARTIE.

Chap. Ier. Eclairer la marche d'une armée. 268 Chap. II. Des chasses et retraites en armée. 280 Chap. III. Du combat. d>2.y Chap. IV. Du combat en armée. 353 Chap. V. De V escorte des convois* 4^° Chap. VI. De Fembossage. 462. Chap. VII. Du débarquement des troupes en pays en- nemi. 49 2 Chap. VIII. Méthode pour charger les caiions quand on. combat sous le vent de P ennemi. 5o8 Supplément au chapitre des signaux de jour* 5i 3

COURS ÉLÉMENTAIRE

D E

TACTIQUE NAVALE.

PREMIÈRE PARTIE.

i

CHAPITRE PREMIER.

Définitions.

1. JLja tactique navale , proprement dite, est Part de la formation des ordres et du passage des uns aux autres.

La tactique navale est , en dernière analyse , l'art des positions en présence de V ennemi , soit pour attaquer , soit pour se défendre j soit que Ton chasse , soit que Ton soit chassé.

Le tacticien est donc celui qui non seulement connoît tous les mouvemens possibles d'une armée pour parvenir à former les ordres et à passer des uns aux autres, mais encore qui est doué de cette perspicacité et de cette jus- tesse de coup - d'œil qui doivent déterminer le choix des manœuvres les plus avantageuses dans la position il se trouve. Une manœuvre avantageuse dans un moment peut ne l'être plus la minute d'après : ainsi , sagacité dans le choix des manœuvres , précision dans l'exécution j voilà ce qui i. •* . 1

\

2 Cours Elémentaire

caractérise le tacticien. Celui qui ne sait que bien exécuter les manœuvres ne peut être appelé qu'un bon manœuvrier.

Ordre.

2. On entend par ordre toutes les diverses positions possibles d'une armée , pour naviguer ? convoyer ? chasser , combattre , etc. etc. etc.

Lit du vent.

3. Le vent prend son nom de la ligne de la boussole sur laquelle il souffle. Cette direction s appelle Lit du vent»

Travers,

4. Le travers d'un vaisseau est la ligne perpendiculaire à sa quille.

Ainsi on est par le travers d'un vaisseau , lorsqu'on le relève sur la perpendiculaire de sa quille. Un vaisseau est par votre travers ? si vous le relevez sur la perpendiculaire de la quille du vôtre. Deux vaisseaux sont par le travers l'un de l'autre , lorsqu'ils se relèvent réciproquement sur la perpendiculaire de leur quille.

Eaux.

5. On entend par les eaux d'un vaisseau la direction opposée à sa route.

On est dans les eaux d'un vaisseau lorsqu'on le relève dans la direction de sa route. Un vaisseau est dans vos eaux lorsque vous le relevez à l'air de verit diamétralement opposé à celui sur lequel vous courez.

DE TACTIQUE NAVALE. 3

Perpendiculaire du vent,

6. La perpendiculaire du vent est la ligne qui coupe le lit du vent à angle droit.

Envoyer,

7. Envoyer, donner, virer, sont trois ternies syno- nymes dans la tactique. On les emploie pour indiquer le moment l'on pousse la barre du gouvernail pour virer de bord. Les deux premiers termes ne sont guère employés que pour virer vent devant. Lorsqu'on doit virer de bord vent arrière ? on se sert de l'expression : virer vent arrière.

Lignes du plus près,

8. La ligne du plus près est celle qui forme sur celle du lit du vent un angle de six rumbs ou de soixante-sept degrés trente minutes 5 c'est celle qu'en général un vaisseau est supposé parcourir lorsqu'il navigue au plus près.

On en distingue deux : ligne du plus près bâborcl , et ligne du plus près tribord. Un vaisseau court sur la ligne du plus près bâbord ? lorsqu'il reçoit le vent du côté gauche 5 il court sur la ligne du plus près tribord, lors- qu'il reçoit le vent du côté droit.

Ligne ou ordre de bataille.

9. On entend par ligne ou ordre de bataille la ligne sur laquelle courent des vaisseaux qui naviguent dans les eaux les uns des autres. L'ordre de bataille peut être formé à toutes les allures. Je m'attacherai à deux principaux:

4 Cours élémentaire

Ordre de bataille sur la ligne du plus près 5 Ordre de bataille sur la perpendiculaire du vent.

Ligne de bataille au plus près du vent.

10. Une armée est en ligne ou ordre de bataille au plus près du vent 9 lorsque les vaisseaux faisant route sur la ligne du plus près naviguent dans les eaux les uns des autres. On en distingue deux : Ligne de bataille au plus près du vent bâbord amure ? Ligne de bataille au plus près du vent tribord amure 9 selon que les vaisseaux courent sur l'une ou l'autre de ces deux lignes.

Ainsi ? la figure 6 représente une armée formée sur la ligne du plus près bâbord.

Ligne de bataille sur la perpendiculaire du vent,

i 1 . La ligne de bataille sur la perpendiculaire du vent est formée par des vaisseaux qui ? courant deux quarts largue , c'est-à-dire , sur la perpendiculaire du vent , sont dans *les eaux les uns des autres. On en distingue deux : Ligne de bataille sur la perpendiculaire du vent bâbord amure , Ligne de bataille sur la perpendiculaire du vent tribord amure ? selon que les vaisseaux reçoivent le vent du côté gauche ou du côté droit.

Lia. jîgure 6 représenteroit encore une armée en bataille sur la perpendiculaire du vent bâbord amure ? si le vent , au lieu d'être au nord-nord-est , étoit supposé au nord.

Prompte ligne de bataille.

12. On appelle prompte ligne de bataille celle formée

DE TACTIQUE NAVALE. 5

par une armée dont tous les vaisseaux prennent le poste dont ils sont le plus à portée , sans égard à celui qui leur a été originairement assigné.

Cette définition s'applique, à tous les ordres que l'on peut être pressé de former.

Ligne de bataille par vitesse de marche,

i3. La ligne de bataille par vitesse de marche est formée par des vaisseaux qui, sans avoir égard au poste originairement assigné , prennent celui que détermine la supériorité de marche ; de sorte qu'en dernier résultat , le meilleur voilier se trouvera à la tête de l'armée ? tandis que le plus mauvais voilier se trouvera à la queue.

Ligne de force,

i4- On appelle ligne de force celle formée par des vaisseaux dont le poste est déterminé par le nombre de canons qu'ils ont en batterie j de manière que les plus forts sont à la tête de la ligne , et les plus foibles à la queue.

Ligne de contre-force.

i5, La ligne de contre-force est encore celle formée par des vaisseaux dont le poste est déterminé par le nombre de canons qu'ils ont en batterie j de manière que les plus foiMes sont à la tête ^ et les plus forts à la queue.

Ordre naturel et renversé, 16. Les termes d'ordre naturel et d? ordre renversé ne

6 Cours élémentaire

s'appliquent guère qu'aux ordres de bataille. La ligne de bataille est formée dans l'ordre naturel, lorsque la deuxième division, appelée avant-garde, marche à la tête de l'armée, et que la troisième, appelée arrière - garde , marche à la queue : elle est formée dans V ordre renversé , lorsque c'est la troisième division qui marche à la tête de l'armée 9 et que c'est la seconde qui marche à la queue. Mais lorsque l'ordre renversé est établi , chacune de ces divisions prend le nom du poste qu'elle occupe réellement.

ly. Au reste, la distribution des vaisseaux dans les armées doit être faite de manière qu'il devienne indifférent que ce soit l'une ou 1 autre des divisions qui forme l'avant- garde ou l'arrière-garde. Dans ce cas , la distinction d'ordre naturel et d'ordre renversé ne subsistera que pour la facilité du commandement ; et il n'y aura aucun inconvénient à former la ligne de bataille dans l'ordre naturel ou renversé , selon que chaque division sera plus à portée de prendre poste à l'avant-garde ou à l'arrière- garde.

Matelot d'avant et d'arrière.

t. 18. Le matelot d'avant est le vaisseau qui, dans

l'ordre de bataille,, est immédiatement de l'avant à un autre j

le matelot de l'arrière est celui qui le suit immédiatement.

Chef de fde et serre-file.

iy. Le chef de file est le vaisseau qui, dans l'ordre de bataille , marche à la tête de l'armée j le serre-fde est celui qui marche à la queue. On les appelle encore vaisseau de tête ? et vaisseau de queue.

DE TACTIQUE NAVALE. J

Ordre de marche.

20. Lorsqu'une armée courant largue ou arrière, les vaisseaux conservent entre eux un relèvement donné , on dit qu'elle est formée sur un ordre de marche. ,

Je n'en considérerai que trois : i°. Ordre de marche sur une ligne du plus près ; 2°. Ordre de marche sur la perpendiculaire du vent-, 3°. Ordre de marche sur la perpendiculaire de la route {a).

Dans ce dernier ordre , la route est indéterminée 5 elle peut être au plus près ou. à toute autre allure. Dans les deux autres ? elle est nécessairement largue ou arrière.

Ordre de marche sur une ligne du plus près.

2 i . U ordre de marche sur une ligne du plus près est celui dans lequel les vaisseaux, courant largue ou arrière , se relèvent sur une ligne du plus près.

On en distingue deux : Ordre de marche sur une ligne du plus près bâbord , Ordre de marche sur une ligne du plus près tribord ? selon que les vaisseaux se relèvent sur l'une ou l'autre de ces lignes.

Ainsi , la figure 7 représente une armée formée en ordre de marche sur la ligne du plus près tribord.

Ordre de marche sur la perpendiculaire du vent.

2 2 . Ïj ordre de marche sur la perpendiculaire du vent

(a) On verra , par la suite , qu'il y a encore les ordres de marche sur trois colonnes ou trois pelotons. Mais } flans ces ordres ? l'armée est formée sur plusieurs relèvemens : d'ailleurs , ces ordres sont purement relatifs à la navigation j les autres supposent la connoissance ou l'approche de l'ennemi.

8 Cours élémentaire

est celui dans lequel les vaisseaux g courant largue ou ar- rière } se relèvent sur la perpendiculaire du vent.

Ainsi, la Jîgure 8 représente une armée en ordre de marche sur la perpendiculaire du vent.

Si les vaisseaux ne couroient que deux quarts largue , ils seroient en bataille sur cette ligne.

Ordre de marche sur la perpendiculaire de la route.

2 3. 12 ordre de marche sur la perpendiculaire de la route est celui dans lequel les vaisseaux , faisant une route quelconque , se relèvent sur la perpendiculaire à cette route.

Ainsi , la Jîgure 9 représente une armée formée sur la perpendiculaire de la route.

hchiquiers.

1 4. Une armée est dite être en échiquier toutes les fois que les vaisseaux , courant au plus près ? se relèvent sur une ligne d'où doit résulter un des ordres de bataille. On en distingue deux : Echiquier sur une des lignes du plus près j et Echiquier sur la perpendiculaire du vent.

Ces deux échiquiers pourroient se confondre , l'un avec l'ordre de marche sur une ligne du plus près, l'autre avec Tordre de marche sur la perpendiculaire du vent , puisque le relèvement à conserver dans chacun de ces ordres est le même : mais il y a toujours cette différence , que dans ces ordres de marche les vaisseaux courent largue ou arrière , au lieu que dans les échiquiers ils courent forcément au plus près.

DE TACTIQUE M" A V A L E. p

Echiquier sur une des lignes du plus près,

2.5. 1* échiquier sur une des lignes du plus près est l'ordre dans lequel les vaisseaux courant au plus près d'un bord , se relèvent sur la ligne du plus près de l'autre bord ; c'est-à-dire que s'ils courent au plus près bâbord ? par exemple , ils se relèveront sur la ligne du plus près tribord : de manière que s'ils virent de bord pour naviguer tribord amure 9 ils se trouveront en ligne.

On distingue deux échiquiers sur une ligne du plus près : Échiquier sur la ligne du plus près tribord, et Échiquier sur la ligne du plus près bâbord , selon que les vaisseaux se relèveront sur l'une ou l'autre de ces lignes. Il faut observer que, dans ces échiquiers, les amures sont toujours du bord opposé à celui de la ligne du plus près sur laquelle les vaisseaux se relèvent. Ainsi , les vaisseaux qui se re- lèvent sur la ligne du plus près tribord , auront les amures à bâbord j car s'ils avoient les amures à tribord ? au lieu d'être en échiquier , ils seroient en ligne.

Ainsi ? la Jîgure y représente une armée formée sur l'échiquier de la ligne du plus près bâbord.

Echiquier sur la perpendiculaire du vent.

2.6. li échiquier sur la perpendiculaire du vent est l'ordre dans lequel les vaisseaux courant au plus près se relèvent sur la perpendiculaire du vent. Tel est l'effet de cette position , que si tous les vaisseaux arrivent de deux quarts dans le même moment sans changer d'amure , ou s'ils virent de bord pour courir deux quarts largue à l'autre

i o Cours é l à m e s- t a i r e

bord , ils se trouveront en ligne sur la perpendiculaire du vent.

I] y a deux échiquiers sur la perpendiculaire du vent : Y Echiquier sur la perpendiculaire du vent bâbord amure , et celui sur la perpendiculaire du vent tribord amure. Ainsi le relèvement est toujours le même. L'amure des vaisseaux est la seule différence qui les distingue l'un de l'autre.

Ainsi , la figure \ i représente une armée en échiquier sur la perpendiculaire du vent, dont les vaisseaux ont l'amure à tribord.

Contre-marche.

27. Pour se faire une idée de la contre-marche, il faut supposer que tous les vaisseaux d'une armée en ligne vien- nent successivement exécuter la même manœuvre sur le même point elle l'aura été par le vaisseau de tête.

Ces manœuvres sont au nombre de quatre : 1 Q . Virer de bord vent devant $ 2. Q . Virer de bord vent arrière / 3 P. Arriver ; 4^* Tenir le vent. On dit aussi, dans ces deux derniers cas : Arriver ou tenir le veiit par un mou- vement successif.

J'exposerai, dans le cours de cet ouvrage, les raisons qui s'opposent à ce que ces mouvemens , et notamment celui de virer de bord vent devant , puissent s'exécuter sur le même point ; d'où il résulte que la contre-marche , dans sa véri- table acception , est le mouvement d'une armée en ligne dont tous les vaisseaux exécutent une même manœuvre dans les eaux les uns des autres.

DE TACTIQUE NAVALE. il

CHAPITRE IL

PRINCIPES GÉNÉRAUX DE LA TACTIQUE.

Déterminer si Von est au vent ou sous le vent d'un-

autre bâtiment.

28. Qn est au vent d'un bâtiment si on le relève sous le vent de la perpendiculaire du vent; on est donc soi- même sous le vent à lui , si on le relève au vent de cette perpendiculaire. Si les deux navires se relèvent réciproque- ment sur cette perpendiculaire , aucun des deux ne sera 7 soit au vent, soit sous le vent de l'autre (1).

(1) Si on élève une perpendiculaire sur la ligne qui sépare les deux bâtira ens se relevant sur la perpendiculaire du vent, nul doute que cette perpendiculaire ne représente la direction du vent. Or , sur quelque point de cette perpendiculaire que l'on suppose le vent , les lignes qui iront de ces mêmes points à chacun des bàtimens, seront l'hypothénuse de deux triangles rectangles, dont les deux côtés de l'anele droit seront égaux , puisque l'un est commun , et que les deux autres sont égaux par la construction ; les hypothénuses seront donc égales : donc les bàtimens ne seront pas plus près l'un que l'autre du point Ton a supposé le vent.

Mais si un des bàtimens est relevé sous la perpendiculaire du vent, la ligne que formoit l'hypothénuse dans le cas précédent, deviendra le plus grand côté d'un triangle obliquangle : ce côté se prolongera en raison de ce que le bâtiment sera plus sous lo vent de la perpendiculaire du vent : donc il sera plus éloigné que l'autre du point l'on a supposé le vent.

la Cours é l é m e m i i u e

Déterminer combien on gagne au vent, eu égard aux alliées Von court et au chemin que Von fait.

29. Il est évident qu'un navire qui fait constamment route sur la perpendiculaire du vent^ ne s'élèvera jamais dans le vent , et ne tombera jamais sous le vent. Mais s'il court plus arrivé ? il tombera sous le vent en raison du cliemin qu'il parcourra , et de l'ouverture de l'angle que la ligne de sa nouvelle direction formera sur la perpendiculaire ; de manière que plus il courra largue , plus il tombera sous le vent.

Réciproquement , il s'élèvera dans le vent en raison de ce que sa route s'approchera davantage de la direction du vent, et en proportion des distances qu'il aura par- courues.

30. Il est des circonstances il peut être important de savoir de combien on s'élève dans le vent, selon les allures l'on court , en y comprenant la dérive. On pourra se servir, pour le déterminer, de la table n 1 , qui est calculée de demi-aire en demi demi-aire de vent (i).

L'usage de cette table est très-simple. Je suppose que l'on coure d'un demi-aire au vent ou sous le vent de la per- pendiculaire du vent , les chiffres ~ correspondant au demi-

(1) Chaque division de cette table est évidemment la solution d'un triangle rectangle, dans lequel un des angles représente le rumb de vent; l'hypothénuse , le chemin que l'on parcourt , ou la distance entre deux bàtimens ; le moyen côté , la perpendiculaire du vent ; et le petit côté , la quantité que l'on perd ou que l'on gagne au vent , eu égard à la longueur de l'hypothénuse et au rumb du vent sur lequel cette longueur est mesurée.

DE TACTIQUE NAVALE. 1 3

aire , indiquent que l'on a gagné ou perdu le dixième de la distance qu'on a parcourue.

3 1 . De sorte que ( selon la table n°. 1 * ) le bâtiment qui est dans les eaux d'un autre 9 est sous le vent à lui des deux cinquièmes de la distance qui les sépare , s'ils naviguent à six aires de vent. S'ils virent sur onze , l'avan- ta<*e pour celui qui est au vent est de la moitié de la dis- tance où ils sont l'un de l'autre (1).

Il est bon d'observer que la fixation de ce que l'on gagne ou de ce que l'on perd n'est point parfaitement exacte 5 car il y auroit quelque petite chose à ajouter. Mais il y a si peu de différence , que 5 dans la pratique , on peut se dispenser d'y avoir égard.

32. Le même principe et la même table servent à dé- terminer de combien on est au vent ou sous le vent d'un autre navire. Ainsi , supposé qu'on le relève un aire de vent sous le vent ou au vent de la perpendiculaire du vent , on est au vent ou sous le vent à lui d'un cinquième de la distance qui sépare les deux navires.

3 3. Le capitaine Verdun de la Craine , officier recoxn- mandable par son zèle et ses connoissances , a donné une table dont l'objet est de faire connoître la distance qui sépare deux bâtimens : on y suppose la hauteur des mâts connue ; et alors le calcul est fondé sur l'angle que forment sur l'œil de l'observateur les lignes partant de la girouette et de la flottaison du vaisseau observé. (Table n9. 2.)

J'aurai occasion , dans la formation des ordres , d'indiquer les avantages que l'on peut retirer de cette table. Quant à

(1) Table n°. i t.

1 4 Cours élémentaire

la manière de s'en servir , je ne saorois mieux faire que de copier littéralement l'auteur.

« On connoît la hauteur perpendiculaire de la mâture 3> des bâtimens de différente grandeur. On sait que cette » hauteur, depuis la girouette jusqu'à la flottaison, est assez » exactement quatre fois la longueur^ du bau du bâtiment » en sorte que dans un vaisseau de no canons, qui a 5o » pieds de bau, la hauteur de la girouette au-dessus du » niveau de la mer est de 200 pieds. Cette hauteur étant » connue, l'on mesurera avec un octant l'angle d'élévation » de la partie supérieure de la girouette au-dessus du niveau » de la mer , en visant par la partie non étamée du petit j> miroir de l'octant, à la flottaison du vaisseau dont on » veut connoître la distance , et en ramenant dans la » partie étamée du petit miroir la girouette du bâtiment » au niveau de la flottaison 5 ce qui donnera sur le limbe ;> de l'instrument l'angle d'élévation de la mâture , de la » même manière qu'on prend l'angle d'élévation d'un astre »> au-dessus de l'horizon : alors considérant comme un angle 3) droit (ce qui peut se supposer sans erreur sensible) l'angle » que forme la hauteur de la girouette au-dessus du niveau » de la mer , avec le rayon visuel dirigé à la flottaison 5> du bâtiment dont on veut connoître la distance, on aura » un triangle , dont connoissant deux angles et un côté , 3) savoir _, un angle droit, et l'angle d'élévation de la mâ- 3> ture indiqué par l'octant, et de plus la hauteur en pieds 33 de la girouette au-dessus de la flottaison , il sera facile de 33 calculer le côté opposé à l'autre angle aigu, qui sera la 33 distance du crand mât à l'œil de l'observateur. C'est » d'après ces principes incontestables que j'ai calculé la

DE TACTIQUE NAVALE. l5

» table ci-jointe : elle servira à faire connoître à chaque » instant la distance l'on est d'un bâtiment dont on » connolt la quantité de pieds d'élévation de quelques-unes » des parties de la mâture au-dessus du niveau de la mer. j> Or il est aisé de mesurer dans la rade , ou même à la a> mer la hauteur perpendiculaire au-dessus de la flottaison » de chacune des parties principales de la mâture d'un » bâtiment de chaque rang , ainsi que celle de tous les » bâtimens d'une armée ; on connoît d'ailleurs la précision » avec laquelle on peut mesurer les angles avec un octant , j> et qu'il est impossible qu'il y ait plus de deux minutes j> de différence entre plusieurs instmmens passablement » faits , lorsqu'ils auront été bien vérifiés. »

Faisant une route indirecte à un objet , déterminer le moment ou l'on en est le plus près,

Z4' Si l'objet vers lequel on fait une route indirecte est fixe , on est sur le point le plus près lorsqu'on le relève sur la perpendiculaire de la route (1).

Ainsi ? l'on s'en rapproche tant qu'on le relève en avant de cette perpendiculaire : on s'en éloigne au moment on le relève en arrière. On s'en éloigne ou l'on s'en rap- proche dans un rapport qui est toujours en raison de ce que la route diverge plus ou moins de Faire du vent sur lequel on le relève.

(1) Le chemin que parcourt le bâtiment est représenté par une ligne.

La ligne la plus courte d'un point donné , ou d'un objet, a une ligne donnée; c'est la perpendiculaire. Or , il est évident que , dans l'hypothèse , cette perpen» diculaire n'est pas autre chose que la perpendiculaire de la route.

i 6 Cours élémentaire

Ce principe est le même dans le cas , an lieu d'un objet fixe que je viens de supposer , cet objet seroit un bâtiment dont la route seroit parallèle.

En effet , dans le moment les deux bâtimens se relè- veront par leurs travers respectifs , chacun des deux pourra se considérer comme un point ou un objet fixe par rapport à l'autre.

34 bis. Mais si les routes ne sont point parallèles , et pour peu qu'elles inclinent lune sur l'autre (1) , les bâti- mens se rapprocheront jusqu'à ce qu'ils se relèvent sur l'aire de vent intermédiaire aux deux routes. Elles seront donc convergentes jusqu'au moment de ce relèvement 5 mais, ce moment passé ? elles deviendront divergentes , et les deux bâtimens s'éloigneront. Ils se rapprocheront donc , ou ils s'éloigneront dans le rapport de la convergence ou de la divergence de leurs routes.

Donc ? en supposant deux bâtimens au plus près du vent et par le travers l'un de l'autre 5 si celui du vent vire , les deux bâtimens s'éloigneront 5 si c'est l'autre ? il se rapprochera de celui du vent ? jusqu'à ce qu'il le relève sur l'aire de vent intermédiaire aux deux routes , qui est le lit du vent 5 mais il s'en éloignera de nouveau s'il con- tinue sa bordée après ce relèvement. Il sera donc obligé de revirer s'il veut se rapprocher.

(1) La route d'un bâtiment est dite inclinée sur la route d'un autre bâtiment , lorsque l'aire de vent sur lequel il gouverne , fait , avec la direction sur laquelle il relève cet autre bâtiment , un angle moindre de quatre-vingt-dix degrés : de sorte que la route d'un bâtiment peut incliner sur celle d'un autre , quoique celle de ce dernier n'incline point sur celle du premier. Cela arrive toutes les fois que l'un des deux bâtimens qui font des routes différentes , a dépassé le point sur lequel il auroit relevé l'autre sur la perpendiculaire de sa route.

DE TACTIQUE NAVALE. 1J

La différence des distances , au moment les bâtimens auront été par leurs travers respectifs , et ils se seront relevés sur Paire de vent intermédiaire aux deux routes , est toujours relative à la différence des marches combinées avec celle des routes ; c'est-à-dire que si c'est le bâtiment qui marche le mieux , qui a dépassé le point il a pu relever l'autre sur la perpendiculaire de la route , la distance diminuera dans un moindre rapport que si c'étoit le bâti- ment meilleur voilier qui n'eût pas dépassé ce point.

Supposons deux bâtimens au plus près et par le travers l'un de l'autre : si celui sous le vent vire , nous venons de voir que sa route devient convergente , et qu'il se rap- proche de l'autre bâtiment. Supposons encore que celui du vent ait une vitesse double 5 le rapprochement ne sera que d'un trentième ? tandis qu'il eût été d'un huitième 9 si c'eût été le bâtiment sous le vent qui eût eu cette supériorité.

La proportion dans ces rapprochemens est toujours en raison de la différence des marches. Si elles sont égales , le rapprochement sera d'un treizième ; si le bâtiment sous le vent a une supériorité de marche d'un sixième ? le rap- prochement sera à1 un onzième) il ne sera que d'un treizième si c'est le bâtiment du vent qui a cette supériorité : si cet avantage de marche est du tiers ? le rapprochement sera d'un neuvième , si l'avantage est au bâtiment sous lèvent: il sera à peu près du treizième ? si c'est le bâtiment du vent qui a cette supériorité.

Il est évident , d'après ce que nous venons de dire ,

que plus l'angle formé , d'un côté par la route du bâtiment

qui n'a pas encore relevé l'autre sur la perpendiculaire

*le sa route , et de l'autre côté par l'aire du vent sur

1. 3

18 Cours élémentaire

lequel il le relève , sera aigu , plus ce bâtiment sera près de l'autre au moment il le relèvera sur l'aire de vent intermédiaire aux deux routes.

On verra dans le chapitre des Chasses l'application de tous ces principes.

Déterminer si l'on passera au vent ou sous le vent d'un bâtiment qui court à bord opposé,

35. On relèvera le bâtiment qui donne lieu au doute. On lui passera au vent , si on le relève sous le ve?it de la perpendiculaire du vent. On lui passera sous le vent , si on le relève au vent de cette, perpendiculaire.

Si les deux bâtimens se relèvent réciproquement sur cette perpendiculaire , il est évident qu'aucun des deux n'est au vent ou sous le vent de l'autre ; d'où il résulte qu'ils doivent se rencontrer sur le point d'intersection des deux routes»

Ces principes et leurs conséquences sont mathémati- quement vrais dans la théorie 5 mais ils ne le sont dans l'application qu'autant que la marche et la dérive sont parfaitement égales , et qu'il n'y a point de variation de vent.

Ainsi , pour connokre avec certitude lequel des deux doit effectivement passer au vent , il faut relever celui avec lequel on court à bord opposé , jusqu'à ce qu'on se soit bien assuré s'il court de l'avant, s'il reste de l'arrière, ou s'il se maintient dans le même relèvement.

Dans le premier cas , il passera au vent ; dans le second , il passera sous le vent ) dans le troisième , les

DE TACTIQUE NAVALE. 1 9

deux bâtimens se rencontreront sur le point d'intersection des deux routes.

Ces conséquences supposent toujours que Ton n'essuie aucune variation j car le moindre changement opérera toujours un effet considérable , puisque , en adonnant à Pun , il refuse à l'autre dans le même rapport.

Ainsi , il faut à tout moment , et sur-tout au moindre changement de vent , prendre de nouveaux relèvemens pour déterminer avec certitude lequel des deux bâtimens passera au vent de l'autre.

3 6. Puisque deux bâtimens, courant à bord opposé, qui se relèvent sur la perpendiculaire du vent, doivent se rencontrer sur le point de jonction des deux routes , il est évident que celui qui passera au vent de l'autre aura mieux marché que lui , et que la supériorité de sa marche aura été en raison directe de la distance à laquelle il aura passé au vent.

D'où il suit que la comparaison du relèvement de deux bâtimens courant au plus près à bord opposé , avec les résultats qu'ils auroient produire , peut servir à faire connoître , dans certains cas , lequel des deux bâtimens marche le mieux.

En effet , selon ce principe , tout bâtiment qui en relève un autre sous le vent de la perpendiculaire du vent, doit lui passer au vent à une distance qui sera en raison de ce qu'il l'aura relevé plus ou moins au vent ou sous le vent de cette perpendiculaire : donc s'il ne lui passe point au vent dans ce même rapport , c'est-à-dire , si les bâti- mens se rencontrent sur le point de jonction des deux routes ; ou s'il ne passe point au vent à la distance

Cours élémentaire

proportionnée au premier relèvement ; ou enfin s'il passe sous le vent , il est évident que le bâtiment relevé sous le vent de la perpendiculaire du vent aura mieux marché.

La Table n°. i, dont j'ai indiqué l'usage 3o, pour déterminer de combien on est au vent ou sous le vent d'un autre navire , eu égard à son éloignement et au relèvement qui aura été pris , peut servir à déterminer encore la distance à laquelle un bâtiment doit passer au vent de l'autre.

On voit par cette Table que celui qui en relève un autre à un aire de vent sous le vent de la perpendicu- laire du vent , doit lui passer au vent à une distance qui sera le cinquième de celle qui les sépare.

Le problème se réduit donc à connoître cette dernière distance : mais comme on ne peut la mesurer que lors- qu'on connoît la hauteur de la mâture du bâtiment avec lequel on court à bord opposé , il est évident que cette hauteur de mâture n'étant pas connue , la distance qui sépare les deux navires ne peut être déterminée que par approximation. On ne pourra donc alors s'appuyer sur des conjectures ? à moins que la supériorité de marche soit si prononcée ? que l'œil le moins exercé ne puisse pas s'y tromper.

Si cette hauteur de mâture est connue , nous avons vu 3 3 qu'au moyen de la Table n°. 2 , on peut déterminer la distance qui sépare les deux navires. On mesurera donc cette distance au moment ils seront assez rapprochés pour que les lignes partant de la girouette et de la flot- taison , fassent sur l'œil de l'observateur un angle assez ouvert pour fixer cette distance. On relèvera en même temps

B E TACTIQUE NAVALE. 21

l'autre bâtiment pour connoître à quel aire de vent il est , soit au vent , soit sous le vent de la perpendiculaire du vent. On mesurera de nouveau leur distance au moment ils se relèveront dans le lit du vent. On comparera cette distance avec celle qui auroit résulter ( d'après la Table n°. 1 ) du relèvement pris au moment la pre- mière distance aura été mesurée. On aura par ce moyen une donnée sûre pour déterminer lequel des deux marche le mieux.

En effet , si , au moment moine cette première dis- tance a été mesurée , l'un des deux bâtimens a relevé l'autre à un aire de vent sous la perpendiculaire du vent , il doit ( Table n°. i ) lui passer au vent à un cinquième de cette même distance.

Supposons ensuite que la première distance soit de cinq encablures , il est évident que les deux bâtimens doivent être éloignés d'une encablure au moment ils se relè- veront dans le lit du vent. Si la distance est plus grande , celui qui aura passé au vent aura mieux marché ^ et réci- proquement si elle est moindre ? la supériorité de marche aura été pour celui qui aura passé sous le vent.

Conserver un bâtiment sur un relèvement donné,

Zj. On relèvera le bâtiment à conserver sur un relè- vement donné. S'il reste peu de l'arrière , il suffira de diminuer de voile pour attendre qu'il y soit arrivé. S'il étoit beaucoup de l'arrière , il faudroit virer de bord pour se mettre soi-même sur ce relèvement le plus tôt possible.

Si au contraire il étoit de l'avant ? on forceroit de voile1

22 Cours élémentaire

pour arriver , le plus tôt possible , sur la ligne de ce relè- vement. Une fois qu'on y sera parvenu , il faudra relever sans cesse ce bâtiment , afin d'augmenter ou de diminuer de voiles selon qu'il courra de l'avant ou qu'il restera de arrière. Ce principe est fondamental pour la formation et la conservation de presque tous les ordres de la tactique. On ne sauroit mettre trop de soin à se familiariser avec son application ? c'est - à - dire , à acquérir l'habitude de conserver un bâtiment sur un relèvement donné. On ne doit jamais s'en rapporter au coup d'œil pour l'exactitude et la précision qu'exige ce point important. L'œil le plus exercé est toujours trompé par les embardées du bâtiment sur lequel on se trouve. Supposons , en effet , que faisant route au Nord , le relèvement donné soit à l'est , c'est- à-dire , la perpendiculaire de la route. Je conviens que le marin expérimenté peut , tant que le bâtiment est parfai- tement en route , déterminer, à peu de chose près , s'il est en avant ou s'il reste en arrière? du relèvement à con- server. L'angle droit peut favoriser ce jugement par aperçu 5 mais le coup d'œil ne donne jamais que Va peu près. A mesure que les angles s'écartent de l'angle droit , la déter- mination devient plus difficile et plus douteuse j et pour peu que l'on soit sur un bord ou sur l'autre , il paroîtra (quoi- que d'ailleurs on soit parfaitement à son poste ) que l'on est en avant ou en arrière du relèvement , selon que l'embardée aura été donnée du côté opposé au bâtiment que l'on relève , ou qu'elle aura été donnée du même côté : il faut donc ne s'en rapporter qu'à la boussole. On doit y placer quelqu'un d'attentif et d'intelligent qui observe

DE TACTIQUE NAVALE. 2 3

sans cesse si on se maintient dans le relèvement donné , afin de régler continuellement sa marche sur la nécessité d'aller de l'avant ou de se tenir de l'arrière. Il faut sur- tout avoir la très -grande attention de tellement propor- tionner sa voilure à celle du bâtiment à conserver sur ce relèvement , que la moindre diminution ou la moindre augmentation suffise pour se remettre et se maintenir à son poste.

Ainsi, lorsque se trouvant de l'arrière, on aura été obligé de forcer de voiles pour atteindre la ligne du re- lèvement , il ne faut point attendre d'y être arrivé pour commencer à diminuer de voiles 5 car indubitablement on la dépasseroit. La voilure que conserve l'autre bâtiment , le rapport qui existe entre les marches respectives , sont des points de comparaison qui , à l'aide de l'expérience , doivent déterminer le moment il faut commencer à en diminuer.

Si , au lieu d'être de l'arrière , on étoit de l'avant , mais cependant assez rapproché pour être dispensé de virer de bord , il faudroit appliquer à la diminution de voiles le principe que je viens d'énoncer pour le cas il faut en augmenter.

Il est évident , d'après ces observations , que si le bâ- timent chargé d'en conserver un autre sur un relèvement, est obligé de virer de bord et de courir à bord à contre pour prendre son poste , il ne doit point attendre d'y être arrivé pour revirer. S'il attendoit ce moment,, il res- teroit infiniment en arrière.

24 Cours élémentaire

Comparer la marche de deux hâtimejis à mêmes routes

et à routes différentes.

3 8. Je ne connois aucun moyen de comparer la marche de deux bâtimens faisant des routes diamétralement op- posées ? soit sur la même ligne ; soit sur des lignes pa- rallèles.

J'ai indiqué plus haut la manière de comparer ? dans certains cas , la marche de deux bâtimens faisant route au plus près du vent et à bord opposé. Il me reste à faire connoître le moveii de comoarer celle de deux bâ- timens faisant même route ? ou gouvernant sur des routes différentes.

Deux bâtimens peuvent faire la même route de deux manières : i°. lorsque l'un gouverne à peu près dans les eaux de l'autre 5 2°. lorsque les routes sont paral- lèles, ou, ce qui est la même chose, lorsqu'ils gouver- nent sur le même aire de vent.

Dans le premier cas , il suffira de mesurer l'angle que forment , sur l'œil de l'observateur , les lignes partant de la girouette et de la flottaison du vaisseau dont on veut comparer la inarche : l'ouverture de cet angle est néces- sairement en raison de la distance qui sépare les deux bâtimens. Si cette ouverture augmente , le vaisseau de l'ar- rière marche mieux : si elle diminue , c'est le vaisseau de l'avant : si elle se maintient , les marches sont égales.

Dans le second cas , on relèvera le bâtiment avec lequel on se suppose à la même route. S'il court de l'avant à ce relèvement ? il marche mieux j s'il reste <

DE TACTIQUE NAVALE. 25

l'arrière , il marche plus mal : si le relèvement se main- tient , les marches sont égales.

Ceci suppose que les routes des deux bâtîmens sont rigoureusement les mêmes. La moindre différence sufliroit pour induire en erreur dans l'application des conséquences dont le principe est essentiellement le parallélisme des routes.

Dans le cas les relèvemens continueroient d'être les mêmes ? on s'assurera que les routes sont parallèles , en mesurant l'angle que forme la hauteur de la mâture de l'autre bâtiment. Si cet angle ne varie point , il est évi- dent que les deux bâtimens se maintiennent à la même distance ; leurs routes seroient donc parallèles et leurs marches égales (1).

Mais si les relèvemens ou la distance d'un bâtiment à l'autre changent, la différence des routes pouvant en être la seule cause ; avant de conclure que l'on marche plus ou moins , il faut essayer différentes routes : ce ne doit être qu'autant que ? dans toutes ces épreuves, on aura continué de courir en avant ? ou de rester de l'arrière du

(1) Deux bâtimens faisant une même route sans être dans les eaux l'un de l'autre , parcourent évidemment des lignes parallèles.

Les relèvemens étant les mêmes , ils forment aussi entre eux des parallèles. Les lignes parcourues par les deux bâtimens dans l'intervalle d'un relèvement à l'autre > sont donc deux parallèles entre deux parallèles ; elles sont donc égales ; les deux bâtimens marchent donc également.

Si les relèvemens changent, il est évident que leur prolongement formera un angle dont le sommet sera toujours du côté au bâtiment qui marche le moins. Les distances parcourues par les deux bâtimens, comprises entre les deux côtés de cet angle , seront les cordes de l'arc qui le mesure. Celui qui est le plus près du commet parcourra donc une corde plus courte 5 il marche donc moins.

1. 4

2.6 Cours élémentaire

premier relèvement , pris au moment l'on mettra le cap à chacune de ces routes , que Ton aura un résultat exact sur la comparaison des marches respectives ? du moins à l'allure sur laquelle on court.

3p. On voit souvent des marins vouloir comparer la marche de leur bâtiment avec celle d'un autre , en le relevant par un point fixe sur une côte , etc. etc. 9 et dé- cider que la supériorité est à celui qui court en avant de ce relèvement.

Rien n'est plus fautif que cette méthode : les positions respectives des bâtimens ; la distance de l'un à l'autre , celle du point fixe au bâtiment relevé par ce point, pro- duiront des résultats extrêmement variés 9 sans qu'on puisse en conclure rien de positif pour ou contre la supériorité de la marche.

En effet , supposons que , les routes étant parallèles 7 Un bâtiment qui en a un autre par son travers , veuille déterminer , en le relevant par un point fixe , lequel des deux marche le mieux 5 supposons encore que cet autre bâtiment soit exactement au milieu de la distance qu'il y a du point au fixe premier bâtiment 5 supposons enfin que ce dernier ait une vitesse double de l'autre : dans ce cas^ le relèvement par le point fixe se maintiendra toujours le même. Si , avec la même différence de vitesse ? le bâtiment relevé est plus près du point fixe que de l'autre bâtiment 7 il courra en avant du relèvement 5 s'il étoit plus près du bâtiment que du point fixe , il resteroit de l'arrière.

La raison de ces résultats est on ne peut pas plus simple. Le point fixe adopté comme moyen de comparaison des routes doit être considéré comme un centre autour

DE TACTIQUE NAVALE. ZJ

duquel des bâtimens courant sur des lignes parallèles , décrivent deux cercles concentriques ; il est par conséquent le sommet d'un angle formé par les lignes des relèvemens successifs , qu'on peut considérer comme des rayons : dès- lors la route de chaque bâtiment représente la corde de Parc qui mesure cet angle : or , la longueur des cordes étant en raison de leur éloignement du sommet de l'angle dont elles mesurent l'arc , il est évident que plus le bâti- ment relevé par un point fixe sera rapproché de ce même point 5 moins il aura de chemin à faire pour dépasser le relèvement par ce point fixe. Ainsi , quoiqu'il coure beau- coup de l'avant , ce ne sera pas une raison pour en con- clure qu il marche mieux.

Si la vitesse du premier bâtiment , au lieu d'être double de celle du second , n'étoit que du tiers ou du quart , le relèvement par le point fixe se maintiendroit encore le même , pourvu que la distance du second bâtiment au point fixe augmentât dans la même proportion : d'où il résulte que ce relèvement ne variera point tant que la distance du second bâtiment au point fixe sera en raison inverse de la Supériorité de marche que le premier aura sur lui.

Ce principe reçoit cependant une modification 5 c'est lorsque la ligne de la quille du bâtiment qui veut com- parer sa marche, forme, avec l'aire de vent sur lequel il relève l'autre bâtiment par le point fixe, un angle moindre de quarante-cinq degrés , soit en avant , soit en arrière de la route. Dans ce cas , la proportion entre la différence des marches et les distances relatives des bâtimens par rapport au point fixe , diminue en raison de ce que cet

28 Cours i l ^mentaiee

angle devient plus aigu c'est-à-dire qu'il ne faut plus une aussi grande supériorité de marche pour qu'à même dis- tance du second bâtiment au point fixe , le premier croise le relèvement.

Oa peut conclure de tout ce que nous avons dit sur les moyens de comparer les marches ? que plus les deux bâti- mens se rapprocheront de la ligne qui les mettroit dans les eaux l'un de l'autre , plus il sera facile de déterminer , par l'ouverture de l'angle que forme la hauteur de la mâture ? quel est celui qui marche le mieux j et que plus ils seront par leurs travers respectifs , mieux on pourra déterminer par la boussole quel est celui qui a la supé- riorité de la marche.

40. Si les deux bâtimens qui veulent comparer leurs marches respectives sont à des routes différentes ? on ne pourra déterminer lequel des deux a la supériorité 9 qu'au- tant que ni l'un ni l'autre bâtiment n'aura dépassé le point il peut relever l'autre sur la perpendiculaire de sa route.

L'opération que je vais proposer est fondée sur ce prin- cipe : Deuoc bâtimens ? après s'être successivement relevés sur la peipendiculaire de leur route ? auront été, dans le moment même de ces relèvemens ? sur le point le plus près Vuii de l'autre à l'instant ils se seront relevés sur la perpendiculaire de la route de celui qui marche le mieux (1).

(1) {Fig. 1.) Le bâtiment M relevant le bâtiment L sur la perpendiculaire de sa route , en est éloigné de toute la quantité L M. Puisque les marches sont iné- gales, le bâtiment M, que je suppose marcher mieux, sera arrivé au point C, lorsque le bâtiment L , arrivé en D , le relèvera sur D C perpendiculaire de sa

DE TACTIQUE M" A V A L É. 2$

Il ne s'agit donc plus que de déterminer dans lequel des deux relèvemens sur la perpendiculaire des routes respectives les deux bâtimens se sont trouvés le plus rapprochés. Le moyen consiste à mesurer ( si la distance le permet ) l'angle que forme la hauteur de la mâture de l'autre bâtiment au moment on le relève sur la perpendiculaire de la route que l'on fait , et au moment on le relève sur la perpen- diculaire de la sienne. La différence des angles mesurés dans ces deux momens fera connoître l'instant les deux bâti- mens auront été le plus rapprochés ? et par conséquent quel est celui qui marche le mieux.

4 1 . Donc deux bâtimens courant au plus près à bord opposé , si l'un des deux veut connoître la différence des marches respectives > il lui suffira de mesurer l'angle que forme la hauteur de la mâture de l'autre , 1 ° . lorsqu'il le relèvera sur la perpendiculaire de sa route j a°. lorsqu'il sera

route. Il est évident que, dans ces deux relèvemens, les deux navires auront été sur le point le plus près l'un de l'autre , lorsqu'ils se seront relevés sur la perpen- diculaire de la route de celui qui marche le mieux; car les deux routes M C et LD forment, avec les lignes L M et D C perpendiculaires à ces mêmes routes, deux triangles semblables, LKM et KCD, dont les côtés se coupent en raison réciproque ; on pourra par conséquent faire passer un cercle par les points CD ML. La corde MC, chemin du bâtiment M, étant plus longue que Celle DL chemin du bâtiment L , il en résulte que l'arc CDGMest plus grand que l'arc D G ML. Or si de ces deux arcs on retranche celui DGM qui leur est commun, on aura CD, partie restante du premier arc, plus grande que LM, partie restante du second : donc les bâtimens auront été sur le point le plus près l'un de l'autre au moment ils se seront relevés sur la perpendiculaire de la route du bâtiment M , que nous avons supposé marcher mieux. On prouveroit de la même manière que, si 'es deux bâtimens M. et L marchent également , ils seront à égales distances l'uu de l'autre au moment ils se relèveront sur la ligne LM perpendiculaire de la route du bâtiment M, et ensuite sur celle A G perpendiculaire de la route du bâtiment L.

3o Cours élémentaire

lui-même sur la perpendiculaire de la route de l'autre ( 1 ) : la différence des angles fera connoître dans lequel des deux re- lèvemens les bâtimens auront été le plus rapprochés ? et par conséquent celui qui marche le mieux.

Si les distances ne permettoient pas de mesurer l'angle de la hauteur de la mâture ? il seroit d'autant plus difficile de connoître lequel marche le mieux , qu'en supposant une différence d'un tiers dans la vitesse (ce qui est considérable) , il n'y a qu'un quinzième de différence entre les distances qui séparent les deux bâtimens dans les deux momens chacun des deux relève l'autre sur la perpendiculaire de sa route.

Cette différence , qui n'est que d'un quinzième , seroit d'un tiers si , avec la même différence de marche , les routes étoient perpendiculaires l'une à l'autre ; elle augmentera en proportion de ce qu'elles tendront davantage à devenir pa- rallèles au même bord (2).

Ainsi ( fîg. 1 ) , le bâtiment M n'ayant qu'un huitième de supériorité de marche sur le bâtiment L , la différence entre le relèvement D C perpendiculaire à la route du bâti- ment L , et le relèvement ML perpendiculaire de la route du bâtiment M , sera environ des trois cinquièmes , quoique la route de ce dernier fasse encore un angle de cinq rumbs de vent sur celle du bâtiment L.

La faculté de déterminer la supériorité de la marche n'est

(1) Le moment de ce second relèvement est facile à saisir, puisque la route de cet autre bâtiment est évidemment la ligne du plus près.

(2) Il est évident que , si les routes étoient parfaitement parallèles , la perpen- diculaire de la route d'un Intiment se confondroit avec la perpendiculaire de la jroute de l'autre , et alors il n'y auroit plus de différence à apprécier.

DE TACTIQUE NAVALE. 3l

point en raison de la différence des distances d'un bâtiment à l'autre au moment ils se relèvent sur la perpendicu- laire de leurs routes : dans tous les cas , la route de celui avec lequel on compare la marche ne peut être déterminée que par approximation. L'erreur dans la supposition de cette route entraînera la fausseté des résultats ; et plus les routes tendront à être parallèles , plus la moindre erreur dans la supposition de celle de l'autre bâtiment, ajoutera à la fausseté de ces mêmes résultats.

Il faut observer que deux bâtimens dont les routes étoient convergentes au même bord , et qui ? par leur position , ont pu se relever sur la perpendiculaire de leurs routes res- pectives avant qu'elles se croisent , ne pourront , après le croisement de ces routes devenues divergentes , se relever encore Une fois que sur la perpendiculaire de la route de celui qui marche le moins : d'où l'on doit conclure que , dans ce cas 9 le bâtiment qui marche le mieux est celui qui , après le croisement , ne peut plus relever l'autre sur la perpendiculaire de sa propre route (1).

Lorsque deux bâtimens se relèvent ainsi une seconde fois sur la perpendiculaire de la route de celui qui

(1) Après le croisement , les deux routes forment encore, avec leurs perpendi- culaires respectives, deux triangles rectangles, dont les côtés sont, i°. ]a route d'un des bâtimens ; 2°. la perpendiculaire à cette route ; 3°. la route de l'autre bâtiment.

Or, aucun des deux ne peut parvenir à relever l'autre sur la perpendiculaire de la route que cet autre fait , sans avoir parcouru l'hypothénuse du triangle formé par la route de cet autre bâtiment et par la perpendiculaire à cette même route : donc le côté du triangle que parcourt le bâtiment qui marche le mieux devient l'hypothénuse de l'autre triangle ; donc il ne pourra jamais relever sur sa propre route le bâtiment qui marche le moins.

L

3 a Cours élémentaire

marche moins, leur distance, comparée à celle ils étoient lorsqu'ils ont pu se relever sur la perpendiculaire de la route de celui qui marche mieux , augmentera en raison de leur éloignement du point les routes se sont croisées. Ainsi , ce sont les distances entre les deux navires dans les deux relèvemens , pris avant le croisement des routes , qu'il faudra prendre pour moyens de comparaison , non à l'effet de connoître lequel marche le mieux , mais pour mesurer la différence des distances entre les deux bâtimens lorsqu'ils se seront successivement relevés sur la perpendi- culaire de leur route.

4^. Il ne faut pas conclure de tout ce que nous avons dit que la distance la plus courte entre deux bâtimens , dont les routes sont différentes , est celle qui les sépare au moment ils se relèvent sur la perpendiculaire de la route de celui qui marche le mieux. Quelle que soit leur marche , ils seront toujours sur les points les plus rappro- chés, lorsqu'ils se relèveront sur l'aire de vent intermé- diaire aux deuœ routes.

Puisque deux bâtimens qui font des routes différentes sont sur les points les plus rapprochés , lorsqu'ils se re- lèvent sur l'aire du vent intermédiaire aux deux routes , il suffira de déterminer le moment ils auront été sur ces points, pour connoître la vraie direction de la route de l'autre bâtiment : or , ces deux points pourront être connus toutes les fois que les distances ne s'opposeront point à ce qu'on puisse mesurer l'angle de la hauteur de la mâture.

En, effet , si , dans l'instant du plus grand rapproche- ment , un bâtiment qui court à l'ouest , par exemple , a

DE TACTIQUE NAVALE. 33

relevé l'autre bâtiment dans la direction E. NEetO. SO.; aire de vent intermédiaire aux deux routes , il est évident que l'autre bâtiment court au S O. ou au "N E.

Mais il peut arriver qu'on soit obligé de relever l'autre bâtiment sur la perpendiculaire de la route qu'il fait , avant d'avoir pu la déterminer d'une manière précise ? c'est-à-dire avant que les deux bâtimens se soient relevés sur l'aire de vent intermédiaire aux deux routes. Dans ce cas , on sup- posera les diverses routes que l'autre bâtiment paroîtra faire : on le relèvera successivement sur la perpendiculaire des routes qu'on lui aura supposées. A chacun de ces. re- lèvemens on mesurera la distance d'un bâtiment à l'autre.

S.

Le relèvement sur lequel les deux bâtimens se trouveront les plus rapprochés , indiquant nécessairement l'aire de vent intermédiaire aux deux routes , on connoîtra par cela même la véritable route de l'autre bâtiment. Alors on prendra . dans les suppositions qu'on aura faites , la route qui cor- respond à celle qu'on vient de déterminer ; on comparera les distances des deux bâtimens au moment on aura relevé l'autre sur la perpendiculaire des deux routes respectives , et on connoitra,par l'application des principes que j'ai posés? lequel des deux marche le mieux.

Jusqu'à présent , je n'ai vu, dans la théorie que j'indique pour la comparaison de la marche de deux bâtimens faisant des routes différentes, qu'un objet de curiosité , dont l'utilité ne m'a été prouvée par aucune circonstance ; mais j'ai cru que la vérité de mon principe étant démontrée , il im- portait de le faire connoibre, parce qu'on peut se trouver dans le cas d'en faire l'application au moment on y songera le moins. C'est affaire de circonstances j c'est au marin

5

34 Cours élémentaire

intelligent à en tirer parti , d'après les principes que j'ai développés.

Tout ce qu'on vient de voir sur la manière de comparer la marche de deux bâtimens , doit servir lorsqu'on voudra en chasser un autre : car il seroit inutile de perdre à sa pou i suite un temps souvent bien précieux , si on marche moins que lui.

On doit encore comparer les marches respectives lors- qu'on veut approcher un bâtiment dont on se méfie , et qu'on a cependant intérêt de reconnoître de près. Il faut d'abord chercher à se mettre à la même route : on y par- viendra en multipliant les essais. Il faut ensuite faire la plus grande attention à sa manœuvre j car il pourroit , s'il se doute de votre dessein , ralentir volontairement sa marche, afin de vous induire en erreur, de vous laisser ap- procher , de vous chasser ensuite , et de vous joindre avec plus de facilité. Vous ne devez donc songer à vous en approcher qu'après vous être assuré , autant que possible r 10. d'une supériorité de marche quelconque j 2°. que cette supériorité n'est point le résultat d'un piège qu il vous aura tendu.

Déterminer la grosseur respective d'un bâtiment dont on ne découvre qu'une partie de la mâture*

44* S'il est avantageux de connoître la marche relative de deux bâtimens , il ne l'est pas moins d'en connoître la grosseur, qui est toujours une indication très-probable de leur force.

DE TACTIQUE NAVALE. 35

Rien de si commun , et cependant rien de plus im- portant pour les conséquences , que les erreurs qui font prendre de gros vaisseaux pour des bâtimens de moindre force , et de petits bâtimens pour de gros vaisseaux. Il est très - difficile de prévenir ces équivoques toujours fâ- cheuses. L'éloignement du bâtiment , la position du soleil, le mirage, la brume, le défaut d'objet de comparaison, le manque de bonnes lunettes , tout concourt à multiplier et à aggraver les erreurs , sur - tout si le bâtiment à juger présente l'avant. Cependant il est de la plus grande impor- tance de déterminer le plus tôt possible , et au moins à des distances moyennes , la grandeur d'un bâtiment qu'on a intérêt de poursuivre ou d'éviter $ et l'on sent combien il est dangereux de s'en rapprocher assez pour que l'on ne puisse plus se tromper sur sa force , puisque la moindre supériorité de marche lui suffiroit pour vous joindre.

Si l'on peut commettre des erreurs dans les jugemens portés sur la grosseur d'un bâtiment qui est à une distance moyenne , combien n'a-t-on pas à craindre que ces erreurs soient d'autant plus graves que les bâtimens seront plus éloignés ! J'ai vu prendre des escadres pour des convois , et des convois pour des escadres. Je n'ai pas besoin de relever tout ce que de pareilles erreurs peuvent avoir de fâcheux.

Voici une méthode qui m'a paru capable de prévenir au moins les grandes équivoques , et qui m'a constamment réussi. Je crois qu'avec un peu d'expérience et un coup d'œil juste , elle ne peut pas tromper si on la pratique avec soin et précision.

45. Le principe de cette méthode est que des bâtimens

36 C o

URS ELEMENTAIRE

de même grosseur ont des mâtures de même hauteur (1) ; donc , s'il existe un moyen de comparer et de juger la hauteur respective des mâtures , on aura une indication très-probable de la grosseur et de la force respectives des bâtimens. Voici ce moyen.

Supposons que du pont de votre bâtiment vous aperce- viez à l'horizon tout le grand perroquet d'un autre navire , c'est-à-dire jusqu'aux croisettes : si , montant ensuite sur vos croisettes , vous découvrez le ras du pont de l'autre bâtiment, il est évident que les hauteurs des grands mâts et des mâts de hune des deux bâtimens sont égales (2) : d'où l'on peut conclure } avec la plus grande probabilité , que les deux navires , étant de même grandeur ? sont de la même force.

Si ? au lieu de découvrir toute la voile du grand per- roquet , vous n'en aperceviez que la vergue , il faudroit

(1) On doit observer qu'en général les bâtimens des nations du Nord ont des mâtures moins élevées que les nôtres.

(2) Les deux bâtimens peuvent être considérés comme étant placés chacun sur une des extrémités de la corde qui soutient l'arc formé par l'espace de mer qui les sépare ; leur mâture est donc une perpendiculaire élevée sur chaque extrémité de cette corde.

Le rayon visuel qui de votre pont va aboutir aux croisettes de l'autre bâti- ment , est évidemment une tangente à la convexiié de la mer , et qui part de l'extrémité de la corde vous êtes placé. Réciproquement, le rayon visuel qui de vos croisettes va aboutir au ras du pont de l'autre bâtiment r es» aus*i une tangente tirée de l'autre extrémité de la corde à vos croiseltes. Cette corde forme , avec les deux tangentes et la hauteur des deux mâtures , deux triangles égaux. En effet, i°. ils ont un côté commun , qui est la corde de l'arc qui les sépare; aa. ils ont chacun un angle droit sur l'extrémité de cette corde ; 3*. les angles formés par la corde et par la tangente qui y aboutit, sont encore égaux, puis- qu'ils ont pour mesure la moitié de l'arc commun compris entre leurs côtés : donc res deux triangles sont égaux 5 donc les deux mâtures sont égales,

DE TACTIQUE NAVALE. 3^

monter sur celle de votre bâtiment, aiîn de reconnoître si vous découvrez le ras du pont de Tautre. Si vous l'aper- cevez , il est encore évident que les mâtures sont égales , et les bâtimens de même grosseur : mais si vous n'apercevez pas le pont de l'autre bâtiment , il est évident que sa mâ- ture est plus haute que la vôtre. Si, au contraire , vous découvrez tout le corps du navire , et même l'horizon par- delà , il est évident que votre mâture est plus haute , et que par conséquent il est plus petit que votre bâtiment.

Si vous êtes obligé de monter sur la grande hune pour découvrir la vergue de son perroquet , vous aurez à examiner si, de la vergue du vôtre , vous découvrez plus ou moins de la mâture de l'autre bâtiment : de manière que si vous ne découvrez pas sa grande hune 9 sa mâture est évidemment plus haute que la vôtre ; si, au contraire, vous découvrez au - dessous de sa grande hune , il est évident qu'il est maté plus bas.

Règle générale : Soient pi~is pour points fondamentaux d'observation , i°. le point d'où vous aurez aperçu partie de la mâture de Vautre bâtiment ; 20. le point de votre mâture correspojidaiit à celui de la sienne que vous aurez aperçu. Si vous ne découvrez de Vautre bâtiment que les points correspondons à ceux que vous aurez pris pour base , il sera évident que les mâtures sont égales : si vous découvrez plus bas que le point correspondant à votre premier point d'observation , il est évident que la mâture de l'autre bâtiment est plus courte ; si , au con- traire, vous ne pouvez point découvrir le point de ce même bâtiment , qui correspond à votre premier point , il est évident que votre mâture est plus courte que la sienne.

33 Cours éiain^jSTXiK

H

"Deux bâtimens ayant à communiquer Vun avec Vautre > les faire joindre par le plus court chemin*

4 5 bis. Deux bâtimens qui veulent communiquer l'un avec l'autre doivent manœuvrer réciproquement pour y par- venir le plus tôt possible. Il est évident , s'ils sont de l'avant l'un à l'autre , qu'ils doivent, si le vent le permet, chercher à se joindre par une route opposée. Celui qui sera dans le cas de se mettre ensuite à la même route , doit gouverner de manière à passer assez au vent de l'autre, pour que , commençant à virer vent arrière en avant de son travers , il se trouve sur sa poupe lorsque l'évolution sera terminée (î).

Si le vent ne permet pas aux deux bâtimens de gouverner réciproquement l'un vers l'autre , celui qui est sous le vent tiendra le vent sur le bord qui le rapprochera le plus , et celui qui est au vent arrivera.

Le coup d'œil ne peut indiquer que par approximation la route à tenir pour joindre le bâtiment par le plus court chemin j la boussole seule peut la déterminer avec précision. Si on s'en rapportoit au coup d'œil , on seroit continuel- lement obligé de changer de route , ce qui feroit évidemment décrire une courbe quand on n'auroit parcourir que la corde.

Pour connoître si la route sur laquelle on gouverne est

(i) Il faut bien prendre garde à ce mouvement. En général, on vire trop tard $ ce qui fait qu'après avoir viré on se trouve de l'arrière, et que l'on est obligé de chasser le bâtiment auquel on étoit d'abord de l'avant.

DE TACTIQUE NAVALE. 3 (?

celle qui doit faire joindre l'autre bâtiment par la voie la plus courte , on le relèvera successivement jusqu'à ce que l'on se soit assuré s'il court de l'avant du premier relèvement, s'il reste de l'arrière , ou enfin si on le conserve dans ce même premier relèvement. Dans le premier cas , on lui passera de l'arrière 5 dans le second, on lui passera de Favantj dans le troisième, les bâtimens se joindront au point (1) d'intersection des deux routes. Dans ce dernier cas , on continuera à gouverner sur la même route 5 dans les deux autres , on arrivera ou l'on reviendra au vent, en raison de ce qu'on court de l'avant du premier relèvement , ou ce qu'on reste de l'arrière , jusqu'à ce qu'on soit parvenu à la route , dans laquelle on continuera à conserver l'autre bâtiment sur le même relèvement.

Le bâtiment qui est au vent étant parvenu à maintenir l'autre sur le même relèvement , pourra quelquefois , en arrivant davantage , devancer le moment de la jonction f parce qu'en courant plus largue, son siliage augmentera 5 ce qui rapprochera le point d'intersection des deux routes. La boussole fera toujours connoître jusqu'à quel point on peut arriver.

Ce que nous venons de dire sur la manière d'approcher

(1) Les routes qui tendent à se croiser représentent les deux côtés d'un angle. Si- tes relèvemens sont toujours les mêmes, ils formeront entre eux des parallèles dont la longueur diminuera en raison de ce que les deux bâtimens se rapprocheront du sommet elles doivent se réduire à zéro. Or cela ne peut avoir lieu qu'autant que les deux bâtimens se seront réunis au sommet de cet angle ; et comme ils, n'auront parcouru qu'une ligne droite, il est évident qu'ils se seront joints par plus court chemin.

i

4o Cours élémentaire

un bâtiment , en le conservant sur le même relèvement > recevra son application dans les chasses , dans la forma- tion des ordres j et aux approches du combat.

On a vu, n°. 09, combien est vicieuse la méthode de comparer la route des bâtimens par le relèvement sur un point fixe pris à terre. Elle ne seroit pas moins fautive si on vouloit s'en servir pour joindre un bâtiment par le plus court chemin.

En effet , la position respective des deux bâtimens / leurs distances relatives par rapport au point fixe , l'angle que forme la convergence des routes , peuvent contribuer à ce que , pendant quelque temps , on conserve sur le même relèvement , par le point fixe , le bâtiment que l'on veut joindre. Ce relèvement changera ensuite , quoiqu'il n'y ait point eu de variation , soit dans l'angle que forment les deux routes j soit dans la marche relative des deux bâtimens. La raison en est évidente. A mesure que les routes conver- gentes les rapprocheront , les distances relatives entre eux et celles relatives au point fixe , changeant successivement , il faudra bien que le relèvement par le point fixe change dans la même progression. Ceci est la conséquence du prin- cipe que j'ai posé dans le n°. 09.

Voici une preuve plus sensible de la fausseté de cette méthode.

Si on prend à la cote et dans le même alignement plu- sieurs points fixes un peu éloignés les uns des autres, le bâtiment que l'on veut joindre croisera les points les plus rapprochés, tandis que l'autre croisera ceux qui sont à une plus grande distance : d'où il résulte que , dans la même expérience et dans le même moment , on auroit une raison

DE TACTIQUE K À V A L E. 4l

pour affirmer qu'on joindra l'autre bâtiment par le chemin le plus court , et une raison pour affirmer le contraire. Il faut donc renoncer à une méthode qui , par sa nature et dans son application , produit des résultats aussi contra- dictoires. On ne doit donc point hésiter à ne faire usage que des relèvemens par la boussole^ dont les résultats sont toujours certains.

J'ai supposé , dans ce que je viens de dire sur la ma- nœuvre à exécuter par deux bâtimens qui veulent commu- niquer , qu'ils pourront se joindre en ne faisant, l'un et l'autre , qu'une seule route : mais si l'un des deux étoit à peu près dans le lit du vent, celui sous le vent devroit le considérer comme un point fixe dont il ne pourroit approcher qu'en prenant la bordée qui le mettroit en avant de son travers ; en conséquence il devroit tenir le vent sur ce bord,, en forçant de voile jusqu'à ce qu'il relève l'autre bâtiment par son travers : alors il vireroit et prolongeroit sa nouvelle bordée jusqu'à ce que l'autre bâ^ timent lui restât dans le lit du vent. Parvenu à ce point , il revireroit encore et continueroit la même manœuvre $ c'est-à-dire qu'il vireroit de bord alternativement, lorsqu'il releveroit l'autre bâtiment par son travers , et lorsque couv- rant à l'autre bord, il le releveroit dans le lit du vent, jusqu'à ce qu'il fût assez rapproché pour qu'il n'eût plus besoin de répéter cette manœuvre.

A mesure que le bâtiment sous le vent exécutera ces manœuvres , celui du vent arrivera sur la perpendiculaire à la première route du bâtiment sous le vent j de sorte qu'en supposant le vent au îioî^d , si le bâtiment sous le yent court bâbord amure , c'est~àv-dire l'E. IST E. , celui du

6

42 Cours élémentaire

vent arrivera au S. SE.: il forcera de voile j et lorsqu'il sera arrivé à petite distance de celui sous le vent , il ma- nœuvrera selon les circonstances.

Déterminer le relèvement sur lequel une armée est

développée.

46. Rien de plus important, soit pour les cirasses, soit pour les dispositions relatives au combat , que de connaître de bonne heure l'ordre sur lequel l'année ennemie est for- mée , afin de manœuvrer soi-même relativement à cette formation.

Il y a plusieurs manières de connoître ce relèvement : c'est aux circonstances à déterminer laquelle sera la plus avantageuse et la plus praticable.

La première consiste à placer un bâtiment dans la di- rection du vaisseau de tête et du vaisseau de queue de l'armée dont on veut connoître le relèvement. L'aire de vent sur lequel se trouvent ces deux vaisseaux est évidemment celui sur lequel l'armée est développée.

4y La seconde consiste à envoyer un bâtiment sur chacune des extrémités de l'armée ennemie. Ces deux bâ- timens se placeront à une égale distance de ces extrémités , de manière que la direction sur laquelle ils se relèveront réciproquement, soit parallèle à celle de l'armée. L'aire de vent sur lequel ils se relèveront sera évidemment celui sur lequel l'armée sera développée.

L'exactitude de cette opération dépend absolument de l'égalité des distances entre les deux bâtimens et l'armée ennemie au moment ils se relèveront réciproquement,

DE' TACTIQUE NAVALE. 43

pour déterminer Faire de vent sur lequel ils se trouvent eux- mêmes (1). S'ils étoient dans l'impossibilité de convenir de ces distances , il faudroit recourir aux autres manières de connoître le relèvement. Si les observateurs ont pu con- venir de la distance à laquelle chacun d'eux devra s'ap- procher du vaisseau vis-à-vis duquel il doit être placé , celui qui y sera parvenu le premier le fera connoître à l'autre par le pavillon égal à tous , hissé au mât de misaine ou au mât d'artimon ? selon qu'il sera de l'avant ou de l'ar- rière. Lorsqu'ils seront arrivés tous deux à la distance con- venue ? chacun d'eux signalera l'aire de vent sur lequel il relève son coopérateur. Cet aire de vent sera celui sur lequel l'armée ennemie est développée.

Si la direction dans laquelle les deux observateurs se relèvent n'est pas un des trente-deux aires de vent de la boussole , ils le feront connoître en se signalant récipro- quement cinq degrés plus au vent qu'ils ne se relèvent en effet : donc 9 si le vent étant au nord , ils se relèvent E. N E. 5°. E et O. S O. 5°. O. ; le premier relèvera le second à l'E. N E. ? tandis que le second relèvera le premier à l'O. |S O.

(i) J'ai indiqué la manière de mesurer la distance d'un bâtiment à l'autre, par l'ouverture de l'angle que forme la hauteur de la mâture sur l'œil de l'observateur.

On peut raisonnablement supposer que les vaisseaux de tête et les vaisseaux de queue sont de la même force, et que leurs mâtures sont égales.

Ceci posé, les deux capitaines chargés de l'opération conviendront entre eux de l'angle à obtenir en mesurant la hauteur de la mâture de ces vaisseaux, afin de se relever entre eux au moment ils obtiendront lo même angle ; et comme il ne s'agit ici que de déterminer à peu près le relèvement sur lequel l'armée est développée, on sent qu'il n'est pas besoin d'une exactitude rigoureuse dans cette détermination.

44 Cours élémentaire

48. La troisième consiste à envoyer un observateur qui se place dans le lit du vent relativement au vaisseau du centre de Farinée ennemie.

Si elle est développée sur la perpendiculaire du vent 7 ses deux extrémités seront à une égale distance de l'observateur : si elle est sur une des lignes du plus près ? une de ces extrémités en sera plus éloignée que l'autre. Il sera facile à l'observateur , selon qu'il sera plus près de l'une ou l'autre des extrémités , de déterminer sur laquelle des deux lignes du plus près l'armée est développée.

Ainsi , Jig. 2 ; si l'armée est développée sur ïa ligne À B perpendiculaire du vent ? il est évident que ses deux extrémités seront également éloignées de l'observateur O ? quel que soit le point de la ligne du vent il se place relativement au vaisseau du centre (1).

Si l'armée, au lieu d'être développée sur la direction A B, l'étoit sur celle CD, on voit que l'extrémité D sera plus près de l'observateur O s'il est au vent ? et qu'elle sera plus éloignée s'il est sous le vent. Il est évident , dans ces deux cas ? que l'armée seroit développée sur la ligne du plus près tribord.

Il faudroit faire le même raisonnement, si ? au lieu d'être développée sur la ligne C D ? elle l'étoit sur la direction E F , qui est la ligne du plus près bâbord.

49. Cette dernière méthode a l'avantage d'être indépen- dante du concours de deux bâtimens ? et de la convention

(1) Ces distances seront parfaitement égales toutes les fois que le vaisseau du centre sera lui-même également éloigné (les deux extrémités de l'armée dont on veut connoitre le relèvement.

/

DE TACTIQUE NAVALE. ^5

préalable entre les capitaines , afin de déterminer l'angle qu'ils doivent prendre pour base de leur observation , à l'effet de s'assurer que la direction sur laquelle ils se re- lèveront sera parallèle au relèvement sur lequel l'armée sera développée ; mais elle a l'inconvénient de ne pouvoir indiquer le relèvement d'une manière précise , lorsque l'ar- mée , au lieu d'être formée sur une des lignes du plus près , seroit développée sur un relèvement intermédiaire entre la ligne du plus près et la perpendiculaire du vent , par exemple , sur II G , Jlg. 2 5 ou lorsqu'elle seroit formée sur la perpendiculaire de la route. Il est évident que , dans ces deux Cas 7 les deux extrémités de l'armée ne se trouveront point à une égaie distance du bâtiment observateur placé dans le lit du vent par rapport au vaisseau du centre. Cette distance augmentera en raison de ce que le relèvement sur lequel l'armée est développée s'éloignera de la perpendi- culaire du vent. Il me paroît impossible d'apprécier alors cette distance , il faut donc recourir à un autre moyen pour déterminer le véritable relèvement.

ôo. La quatrième méthode consiste à envoyer un bâ- timent se placer , autant que possible , à distance égale des deux extrémités de Vannée. La perpendiculaire à l'aire de vent sur lequel il relèvera le 'vaisseau du centre sera évidemment la ligne sur laquelle l'armée est déve- loppée (1). Ceci est fondé sur ce qui a déjà été dit, qu'on

(1) L'observateur O (jlg. 2) se plaçant à égale distance des deux extrémités A et B, les lignes OAetOB sont les deux côlés du triangle isocèle AOB, qui a pour troisième côté AB, développement de l'armée.

Le relèvement OK que prend l'observateur sur le vaisseau du centre qui es£ au milieu de la ligne AB, est nécessairement perpendiculaire à celte ligne : la

46 Cours Elémentaire

peut supposer égalité de mâture aux vaisseaux des extré- mités de l'armée, et que l'on sera à égale distance de ces extré- mités , lorsqu'il y aura égalité dans l'ouverture de l'angle , que la hauteur du mât formera sur l'œil de l'observateur.

Si. Lorsque le relèvement sur lequel une armée est développée aura été déterminé , on pourra toujours , avec un peu d'attention , connoître si elle en change 5 car si elle est sur tout autre ordre que celui de bataille , on verra l'une des extrémités augmenter de voiles , tandis que l'autre en diminuera.

Si l'armée étoit en bataille , on ne peut se dissimuler que la manœuvre pour changer de relèvement pouvant se faire par un mouvement de contre-marche , elle seroit peut- être moins sensible. Cependant on s'en apercevra toujours , parce que les vaisseaux présenteront plus ou moins le tra- vers , selon la position l'on sera soi-même.

De plus , si dans ce mouvement l'armée revient au vent, les vaisseaux seront successivement obligés d'augmenter de voiles en commençant par la tête ; si elle arrive , ils seront obligés d'en diminuer aussi successivement : car , dans le premier cas ? les distances se resserreroient ? parce que les vaisseaux de tête feroient moins de chemin que les autres ; dans le second cas , elles augmenteraient , parce qu'ils en feroient plus. Dans tous les cas , les distances augmenteront ou diminueront dans un rapport qui sera déterminé par

direction OK étant déterminée par la boussole, la ligne AB , sur qui elle forme un angle droit, est évidemment le relèvement cherché. Donc si l'observateur a relevé le centre de la ligne AB sur la direction nord et sud, il est démontré que l'armée est développée sur la direction est et ouest.

DE TACTIQUE NAVALE. ^J

l'allure sur laquelle l'armée couroit, et parcelle que pren- dront les vaisseaux pour changer le relèvement sur lequel elle est développée.

Il n'est pas inutile d'observer que l'armée qui veut changer ce relèvement obtiendroit les mêmes résultats , si dans le cas les vaisseaux de tête doivent augmenter de voiles , les vaisseaux de queue en diminuoient.

Au reste , lorsqu'on a lieu de soupçonner que le relè- vement a changé, on aura recours, pour le déterminer de nouveau, à celle des méthodes que je viens de donner, qui sera indiquée par les circonstances.

4 8 Cours élémentaire

1 ' i

CHAPITRE III.

De la chasse d'un bâtiment par un autre,

5i. Les principes que j'ai à établir sur les cîiasses d'un bâtiment par un autre , pouvant recevoir des applications plus ou moins directes aux manœuvres nécessaires pour prendre son poste dans les différens ordres , je crois devoir , avant de traiter de leur formation , faire connoître les dif- férentes manières de chasser, selon que l'on est au vent ou sous le vent j et par suite , les principes d'après lesquels on doit prendre chasse. Ce que j'ai à dire sur ces deux objets^ est le développement et l'application des principes généraux que j'ai établis.

En général , tous les bâtimens ont des qualités différentes, Les uns marchent mieux au plus près 5 d'autres marchent mieux vent largue ou vent-arrière. 11 en est qui marchent mieux , amures d'un bord que de l'autre. Ces différentes qualités viennent autant de la construction du bâtiment , que de la position de sa mâture _, de l'arrimage , de l'état de la mer; et assez souvent du grément lorsqu'on navigue au plus près (1). Quelles que soient les causes de ces

(1) Les divers degrés de vitesse qu'un bâtiment peut acquérir dépendent infini» ment de la manière dont ses voiles sont orientées. Or le grément seul détermine le plus ou moins d'ouverture de l'angle que les vergues peuvent former avec la quille du vaisseau pour obtenir le degré de marche le plus avantageux. L'empla- cement des haubans, celui du doc d'amure ? les drisses ou soupentes des basses

DE TACTIQUE NAVALE. 4 9

différences de marche , il importe de les connoître ? ainsi que leurs effets sur le bâtiment que l'on commande ? afin d'en retirer le plus d'avantage possible lorsqu'on est dans le cas de chasser , et sur-tout de prendre chasse soi-même. Les capitaines doivent donc étudier les qualités de leur bâtiment , puisque leur sort peut dépendre du parti qu'ils sauront en tirer.

Je viens de dire que la disposition de la mâture influe sur la marche du bâtiment. Je crois hors de mon sujet de m'occuper ici de celles de ces dispositions qui peuvent être plus avantageuses 5 je renvoie aux auteurs qui en ont traité. Mais je crois devoir faire quelques réflexions sur le préjugé qu'un bâtiment acquiert une plus grande vitesse lorsqu'on largue les haubans et les galaubans , lorsqu'on ôte les coins qui assujettissent les mâts. Ces procédés ont pu réussir en quelques circonstances ; mais ce n'est pas une raison pour en déduire un principe général. Si quel- ques bâtimens chassés se sont sauvés par l'emploi de ces moyens ? combien d'autres ont hâté et peut-être déterminé leur perte par cette routine !

D'ailleurs , si on reconnoît qu'on marche moins depuis qu'on a largué les haubans et les galaubans , il devient impossible de remédier au mal , parce que l'effort du vent sur les voiles empêche de ramener la mâture à son premier état ; on ne pourroit y parvenir qu'en diminuant totalement de voile : mais alors on retomberoit dans le très- grand in-

vergues, la manière dont les pâtes de bouline sont frappées, le point d'où elles rappellent, tout concourt à procurer de la différence dans la marche, sur-tout lorsque la force du vent ne facilite pas l'ouverture de l'angle dont je viens de parler.

1.

5o Cours élémentaire

convénient de ralentir la marche il ne faut donc recourir à cette ressource qu'après avoir épuisé toutes les autres , et après en avoir reconnu l'inutilité.

Un des principaux moyens de procurer des différences dans la marche , est de faire passer alternativement des poids sur l'avant ou sur l'arrière pour s'arrêter à celui de ces changemens d'arrimage qui aura été reconnu le plus avan- tageux.

Si on avoit lieu de croire que le bâtiment est trop chargé , on l'allégeroit par tous les moyens , et sur-tout dans les hauts autant qu'il seroit possible. Si on le croyoit trop lége y on le chargeroit en remplissant d'eau les barriques qu'on auroit à sa disposition. Si ces moyens étoient inu- tiles ? on en viendroit à larguer un peu les haubans et les galaubans ? en se disant bien qu'il faut mettre les plus grands ménagemens , la plus grande réserve dans l'emploi de cette mesure, soit pour contribuer à augmenter la vitesse , soit pour ne pas nuire à la sûreté de la mâture , qu'il ne faut point perdre de vue , au moins tant qu'il reste le moindre espoir.

Les marins qui ont admis en principe qu'un bâtiment marche mieux lorsqu'on largue les haubans , ont encore pensé qu'un bâtiment peut acquérir une augmentation de vitesse en raison de ce qu'il est moins lié dans sa construc- tion. De-là vient que dans les chasses on a vu des capi- taines faire scier une partie des œuvres mortes. Ils se fondent sur ce que les bâtimens vieux marchent mieux que les neufs. Le fait n'est point exact ; on a vu plusieurs bâtimens neufs qui , à leur première campagne , étoient les meilleurs voiliers de l'armée. Supposons cependant que les vaisseaux

DE TACTIQUE NAVALE. 5 1

en vieillissant acquièrent de la vitesse dans leur marche , on doit l'attribuer à des causes plus analogues aux principes même de la construction , et à des raisons plus probables que celles de la vétusté. i°. Quand un vaisseau a beaucoup navigué , on a été plus à même de connoître l'arrimage qui lui est le plus avantageux. 2°. La vétusté a desséché les œuvres mortes , par conséquent les poids dans les hauts sont diminués j ce qui contribue infiniment à accélérer la marche.

Voici un exemple qui vient à l'appui de cette dernière proposition , et qui prouve combien il faut quelquefois peu de chose pour obtenir cette augmentation de vitesse.

Le vaisseau le Solitaire alloit en Amérique avec quelques frégates ou corvettes 5 à la pointe du jour il se trouva assez à portée d'une division de plusieurs vaisseaux anglais pour en être canonné. Le capitaine (Borda) fit, dans son arri- mage 7 quelques changemens qui lui donnèrent une telle supériorité de marche , que dans peu de temps il gagna près de demi-lieue sur les meilleurs voiliers de l'ennemi.

Il avoit lieu de se croire sauvé , quand tout à coup on vit se détacher du milieu de la division anglaise un vaisseau dont la supériorité de marche étonna même les officiers qui le commandoient. En vain le capitaine du Solitaire épuisa toutes les ressources que ses talens distingués purent lui suggérer ; il fut joint , harcelé , combattu par plusieurs vaisseaux , et forcé de céder au nombre.

Voici la cause qui produisit cette supériorité de marche. Une partie de l'équipage anglais étoit descendue dans la première batterie pour y recevoir la ration du déjeuné. Le capitaine s'aperçut qu'il dépassoit les autres vaisseaux de sa

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division. Il fit descendre tout l'équipage dans la batterie , et ce moyen lui réussit.

Cet exemple de l'effet de la diminution des poids dans les hauts doit faire sentir les inconvéniens de l'usage nous sommes , dans les chasses , de faire de très-bonne heure le branle-bas. Les poids dans les hauts sont déjà trop augmentés par l'affluence de l'équipage qui se porte avec empressement sur le pont pour y pressentir sa bonne ou mauvaise fortune.

Sans doute le branle-bas doit être préparé de très-bonne heure, afin de perdre le moins de temps possible dans les dispositions à faire pour le combat. Mais je voudrois qu'au lieu de monter les sacs et les hamacs dans le bastingage , on les plaçât d'abord ? et qu'on les laissât le plus possible sur le milieu du bâtiment et dans les batteries basses : je voudrois encore ne laisser sur le pont que les hommes strictement nécessaires aux manœuvres du moment ? sauf à en appeler un plus grand nombre si les circonstances l'exigeoient.

53. Je supposerai toujours dans ce que je vais dire que les chasses ont lieu en pleine mer. La conduite à tenir sur les côtes est toujours subordonnée à la connoissance des localités : en général , les côtes sont sujettes à des courans j on y éprouve dans le jour , et sur-tout dans la belle saison , des variations de vent qu'il importe de calculer pour ne perdre aucun avantage : d'où il suit qu'il est quelquefois très-avantageux de prendre une bordée qui dans le premier moment paroît défavorable 5 parce que son objet est d'aller chercher des courans ou un vent qui doivent faire rega- gner , avec usure ? ce que l'on aura pu perdre au premier

DE TACTIQUE NAVALE, 53

moment. La proximité d'un port l'on puisse se réfugier, si on est chassé , ou dans lequel le bâtiment que l'on chasse pourroit se sauver , peut nécessiter dés manœuvres bien différentes de celles qu'on auroit à exécuter dans une chasse en pleine mer.

S'il arrivoit dans les chasses des bâtimens particuliers , que les chasseurs ou les chassés ne fussent pas seuls , il faudroit se conduire d'après ce que je dirai par la suite sur les chasses d'armée , lorsque les chasseurs sont infini- ment supérieurs en forces.

Prendre chasse étant au vent,.

54. Le bâtiment qui fuit ne doit négliger aucun des moyens de retarder le moment il pourra être joint. Quel- ques encablures de distance de plus entre le chasseur et lui peuvent contribuer à le sauver, parce que la nuit , la brume, un changement de vent, peuvent favoriser une sépa- ration. Il importe donc de ne rien oublier de ce qui peut lui ménager toutes les chances.

Le bâtiment chassé doit avoir pour but essentiel de se tenir r autant qu'il pourra , à la plus grande distance du chasseur. Si les variations de vent lui sont favorables, elles lui seront d'autant plus avantageuses , qu'il sera plus éloigné -7 si elles sont défavorables , l'ennemi _, qui pourra avoir , par cette chance, la faculté de porter sur lui, aura, par la même raison , d'autant plus de chemin à parcourir pour parvenir à le joindre.

D'après ce principe , le bâtiment qui veut fuir, doit , au moment il aura aperçu l'ennemi , que je suppose à peu

54 Cours élémentaire

près directement sous le vent , prendre la bordée qui l'en éloignera le plus ^ il la continuera tant qu'il n'essuiera point de variation de vent. Si le vent change, il changera aussi sa bordée pour prendre celle qui Féloignera le plus du chas- seur , qui est évidemment celle qui placera ce dernier de l'arrière de son travers. 34«

55. Le bâtiment chassé doit ensuite régler sa manœuvre sur celle du chasseur.

Tant que ce dernier sera de l'arrière du travers du chassé, celui-ci continuera la même route. Si le chasseur vire au moment il sera arrivé par ce travers ? le chassé virera aussi , parce que , sans cela , et d'après ce qui a été dit 34 bis 1 les deux bâtimens tendroient à se rapprocher 5 ce qui seroit désavantageux à celui qui a pris chasse.

Si au lieu de virer , comme nous venons de le supposer, le chasseur couroit de l'avant du chassé , celui-ci continue- roit la même bordée jusqu'à ce que le chasseur vire , et il vireroit lui-même au moment le chasseur vireroit.

Ces principes , quoique mathématiquement vrais , doi- vent cependant être modifiés selon les circonstances. Ainsi , lorsque j'ai dit que le chassé doit prendre la bordée qui l'éloigné le plus du chasseur, j'ai supposé qu'il n'y avoit aucune raison secondaire qui dût faire préférer l'autre bor- dée 5 comme , par exemple , s'il étoit à portée d'un port , d'une rade , il trouveroit refuge et protection ; s'il étoit près d'une côte il pût compter sur des variations de vent à certaines heures du jour ou de la nuit, sur des courans qui changent aussi : tout exige alors , pour remplir le but du chassé , qu'il préfère la bordée qui le mettra le plus à portée de profiter des avantages que ces circons- tances peuvent lui procurer.

DE TACTIQUE NAVALE. 55

Il en est de même si la houle étoit différente du vent. c'est-à-dire , si le vent soufflant au nord , la houle étoit du nord-est j de sorte que si la bordée à l'est-nord-est étoit , d'après mon principe , un peu plus avantageuse au chassé , il devroit cependant prendre celle de l'ouest-nord-ouest. Celle-ci lui faisant recevoir la houle par l'arrière, accéléreroit sa marche, qui seroit retardée si sa bordée étoit à l'est-nord-est, parce que , dans cette dernière hypothèse , il recevroit la houle de l'avant : de sorte que , si le chasseur ne prend pas la même précaution , il peut arriver qu'il perde sur l'autre bord tout l'avantage de la supériorité de marche qu'il a sur le chassé lorsqu'ils sont au même bord. Si , pour pré- venir cet inconvénient , le chasseur continue à courir au même bord que le chassé , afin de recevoir la houle de l'ar- rière , il finira par s'en éloigner j et alors une variation de vent peut prolonger la chasse , puisque les deux bâtimens seroient plus éloignés l'un de l'autre qu'ils ne l'eussent été si le chassé n'avoit pas fait la manœuvre que je viens d'in- diquer.

Autre exception. J'ai dit que le chassé doit virer au moment il voit virer le chasseur arrivé par son travers. Il est sûr que cette manœuvre est celle qui doit le maintenir dans le plus grand éloignement possible. Cependant, il faut comparer cet avantage avec les inconvéniens des viremens de bord réitérés. Je crois même qu'avant d'exécuter cette manœuvre avec l'exactitude que semble exiger l'application du principe, il convient de chercher à connoître le degré d'habileté du chasseur.

En effet, si le chassé continue sa bordée, quoique le chas- seur ait viré au moment il est arrivé pour la première fois

56 Cours élémentaire

par son travers , ils se relèveront bientôt l'un et l'autre sur l'aire de vent intermédiaire aux deux routes. Dans ce cas ? on peut supposer que le chasseur se sera rapproché du quinzième de la distance qui le séparoit du chassé , au moment ils se sont relevés par leurs travers respectifs. 34 bis. Mais alors si le chasseur ne manœuvre pas avec précision, c'est-à-dire, s'il ne vire pas au moment il relè- vera le chassé dans le lit du vent , qui est celui les deux bâtimens sont le plus près l'un de l'autre, il est évident qu'ils s'éloigneront d'autant plus , que le chasseur tardera davan- tage de virer. Si , après cette première faute , il ne vire point au moment il relèvera le chassé par son travers , les routes deviendront tout-à-fait divergentes , et les bâtimens s'éloigne- ront dans un très-grand rapport.

Ainsi , quoique , toutes choses égales d'ailleurs , le chas- seur , sur quelque bord qu'il coure , gagne également dans le vent , il n'en résulte pas moins que , par la manœuvre qu'il aura faite , il se sera éloigné du chassé , et qu'il lui faudra plusieurs heures pour rattraper, en se remettant au même bord, ce qu'il se sera écarté dans demi-heure. D'où il suit que le chassé auroit fait une manœuvre avantageuse, quoiqu'en s'éloignant du principe , puisqu'il se seroit ménagé plus de chances pour le cas des variations de vent.

Tout ceci est subordonné à la connoissance des accidens probables de la navigation , et à celle des localités. Ainsi , lorsque le chasseur, arrivé sur le travers du chassé, vire de bord , le chassé ne doit se décider à virer à son tour qu'après avoir calculé et comparé toutes les probabilités qui peuvent nécessiter une exception à la règle générale : dans les beaux temps , et sur-tout en été : on peut supposer que , pendant le

DE TACTIQUE NAVALE. 5 7

jour , le vent variera plutôt du côté du soleil que du côté du nord, et que la nuit ce sera tout le contraire. De sorte que si le chasseur , en virant au moment il est arrivé par le travers du chassé, se rapproche du côté d'où l'on doit espérer une variation de vent, le chassé ne doit point balancer de virer dans le même moment, pour que la variation éven- tuelle du vent ne soit pas à son désavantage. Dans le cas contraire, il feroit l'inverse, c'est-à-dire, que, malgré le virement de son adversaire , il poursuivroit sa bordée , afin d'être en mesure de profiter de la variation du vent.

56. S'il arrivoit que, par suite d'une variation de vent, ou d'une bordée prolongée du chasseur , le chassé fût dans une position à le relever à peu près sur la perpendiculaire du vent, il ne devroit pas balancer, sur-tout s'il a un grand désavantage de marche au plus près , à courir deux quarts et même trois quarts largue. Cette route , qui l'éloignera de son adversaire , le mettra en même temps sur une allure dans laquelle le désavantage de la marche pourroit n'être pas aussi considérable qu'au plus près.

5 7. S'il n'y a point de variation, et si le chasseur ma- nœuvre bien, il se tiendra toujours à portée d'empêcher le chassé d'arriver , sans se rapprocher de lui. Dans ce cas , le chassé doit néanmoins être disposé à arriver sur le bord opposé à celui restera le chasseur. Lorsque ce dernier virera la dernière fois pour le joindre , il doit être prompt à s'envoiler 5 et s'il n'y a pas une trop grande disproportion de force , il ne doit pas craindre de s'exposer à une ou deux bordées , afin d'essayer sa marche avec le chasseur à la nou- velle allure ils courent l'un sur l'autre.

8

58 Cours élémentaire

Chasser au plus près du vent.

58. Je suppose d'abord que le chasseur marche mieux que celui qui fuit : car saris un avantage de marche quel- conque y il ne le joindra jamais , quelque manœuvre qu'il puisse faire , à moins qu'une faute , une variation de vent qui entraîneroit un changement d'allure , le. mettent à portée d'acquérir la supériorité de marche , sur quoi on ne peut guère compter.

Cependant , si l'on n'a pas d'objet important et pressa a remplir , on doit chasser pendant quelque temps , afin d'es- sayer si les changemens d'arrimage , si l'augmentation ou la diminution , soit du vent , soit de la mer , ne pourraient pas procurer une supériorité de marche quelconque.

On ne peut guère déterminer avec précision la conduite à tenir par le chasseur. Les principes que j'ai à établir doivent encore être modifiés selon les circonstances. L'état de la mer , l'espoir plus ou moins fondé des variations de vent , la crainte que le chassé , en larguant , se sauve ou prolonge la chasse ; les pertes résultantes des viremens de bord réitérés 7 la conduite du chassé , l'éloignement il est du chasseur , tout, en un mot, doit être bien considéré, bien combiné, afin de déterminer avec sagacité le changement des manœuvres à exécuter par ce dernier.

5p. Abstraction faite des incidens qui peuvent nécessiter la modification du principe, le chasseur, aussitôt qu'il aura aperçu le bâtiment qu'il veut chasser , prendra la bordée qui l'en rapprochera le plus. Il virera de bord au moment il le relèvera par son travers j il prolongera sa nouvelle bordée

DE TACTIQUE X AVALE. 5 <}

jusqu'au moment il le relèvera sur Paire de vent intermé- diaire aux deux routes 5 il revirera encore, et continuera ses bordées successives d'après le même principe 5 c'est-à-dire , qu'il revirera toutes les fois qu'il relèvera le chassé, soit sur la perpendiculaire de sa route, qui n'est autre chose que son travers lorsqu'ils sont au même bord, soit sur l'aire de vent intermédiaire aux deux routes, qui n'est autre chose que le lit du vent lorsqu'ils sont à bord à contre.

S'il y avoit quelque raison de prévoir une variation de vent d'un côté plutôt que de l'autre, voici ce que doit faire le chasseur , soit qu'il espère cette variation de l'avant de la bordée du chassé , soit qu'elle doive venir de l'arrière.

Dans le premier cas, après avoir relevé le chassé par son travers, il prolongera sa bordée en raison de l'espoir plus ou moins fondé de la variation du vent , et de ce qu'il aura moins à craindre que le chassé lui échappe , en arri- vant , ou du moins ne prolonge la chasse 5 et lorsque , pour ne pas trop s'éloigner du chassé, il aura reviré sur lui, il prolongera sa nouvelle bordée le moins possible , afin de ne pas se trouver en arrière lorsque la variation de vent arrivera 5 car il est évident qu'elle lui sera d'autant plus défavorable , qu'il se trouvera plus en arrière du travers du bâtiment chassé.

Dans le second cas, le chasseur qui est au même bord que le chassé ne l'amènera jamais par son travers 5 il aura l'attention de virer avant de le relever sur la perpendiculaire de sa route j et au lieu de revirer sur lui lorsqu'il le relèvera dans le lit du vent, il prolongera sa bordée, en combinant néanmoins ce prolongement avec la probabilité de la variation de vent , et le danger de laisser échapper le chassé en pous- sant trop loin sa bordée.

60 Cour, s élémentaire

Si le chasseur s'aperçoit qu'il tombe sous le vent par la fréquence des viremens de bord réitérés , il doit faire entrer cette considération dans la balance des motifs qui doivent contribuer à régler sa conduite. Il pourra donc prolonger un peu plus ses bordées , afin de diminuer ses viremens.

Si l'on croit pouvoir compter sur l'heure la variation du vent aura lieu , il faut régler ses bordées de manière à se ménager la position dans laquelle on pourra en retirer le plus grand avantage. Il faut donc manœuvrer pour se trouver de l'avant ou de l'arrière du chassé à l'heure présumée de la variation , selon qu'elle doit venir de l'avant ou de l'ar- rière ( i ).

On sent bien qu'il faut appliquer aux courans à peu près déterminés tout ce que je viens de dire pour les variations de vent présumées ; ce sont autant de causes qui doivent concourir à régler la conduite du chasseur.

60. Lorsque la houle est différente du vent, il est à pré- sumer que le chasseur aura manœuvré , pour la recevoir de l'arrière. 55. Dans ce cas, le chasseur ne doit point ba- lancer à prolonger sa bordée en avant du chassé , en obser- vant , pour s'en éloigner moins , de serrer le vent plus qu'il ne l'auroit fait sans cette circonstance. Il virera cependant, lorsqu'il aura lieu de croire que sa bordée l'éloigné trop :

(1) Dans la Méditerranée, par exemple, et dans la belle saison, le vent tourne assez régulièrement avec le soleil; de sorte qu'il est à Y est le matin, et le soir il est à Youest. La nuit , au contraire , si on est près de la côte , il vient du côté de la terre , sur-tout aux embouchures des rivières, à l'ouvert dts vallées, à l'entrée des golphes , etc. Ces connoissances locales doivent toujours contribuer à la com- binaison des bordées qu'il faut toujours régler de manière à ne perdre aucuns des avantages résullans de ces accidens de localité.

DE TACTIQUE NAVALE. 6 1 '

mais il revirera le plus tôt possible, pour ne pas perdre, en recevant la houle par-devant , l'avantage de marche qu'il a sur le chassé en courant au même bord.

Si on avoit lieu d'attendre une variation de vent du côté d'où vient la houle , la règle de la conduite que je viens d'établir devroit être modifiée d'après les probabilités de cette

variation.

6 î . Le chasseur se trouvant enfin à une petite distance du chassé , prolongera sa bordée de l'avant ( 1 ) jusqu'à ce qu'il le relève plus ou moins exactement sur la perpendicu- laire du vent. Ce prolongement doit être en raison de la supériorité de marche ; en raison de ce qu'il voudra passer au vent ou sous le vent du chassé , à plus ou moins de dis- tance ; en raison de ce qu'il aura plus ou moins à craindre la prolongation de la chasse par la manœuvre du chassé , qui ne manquera pas de larguer de quelques quarts du bord opposé à celui le chasseur lui restera.

Trendre chasse sous le vent,

62. Il est certain que l'ennemi étant au vent, l'aire de vent le plus avantageux pour prendre chasse est l'opposé à

(1) Il n'est point indifférent que cette dernière bordée soit au même bord ou à bord opposé ; ce n'est pas que , toutes choses égales d'ailleurs , un bâtiment ne gagne autant sur un bord que sur l'autre. Mais si on prolongeoit de l'arrière la bordée dans laquelle je dis qu'il faut relever le chassé sous la perpendiculaire du vent, on s'en éloigneroit du double qu'on ne le feroit en courant de l'avant an même bord ; on sent que le prolongement de la bordée à bord à contre donneroit au chassé , qui pourroit alors larguer sans danger , au moins la facilité de prolonges la chasse.

6 2 Cours élémentaire

celui reste le chasseur. Cependant il est possible, sur- tout si le chasseur manœuvre mal, de se procurer quelques avantages , en s'écartant un peu de ce principe.

En effet , lorsque le chassé prend chasse à Faire de vent opposé à celui lui reste le chasseur , il est évident que ce dernier est directement dans les eaux du chassé. Les deux bâtimens courant à la même allure , leurs voiles portent éga- lement. Ainsi , le vent étant au nord , si on découvre le chas- seur dans le lit du vent , la règle étant de prendre chasse au sud , les deux bâtimens seront exactement vent arrière. Le chassé prenant alors , sur un bord ou sur l'autre , ce qui lui sera strictement nécessaire pour faire porter toutes ses voiles , si le chasseur veut croiser sa route , il sera obligé de courir plus arrivé , et par conséquent ses voiles porteront moins : de sorte que , malgré sa supériorité de marche, il seroit pos- sible qu'il ne joignît point le chassé.

Le chassé devroit faire la manœuvre inverse , si , au lieu d'avoir le chasseur dans le lit du vent, il le relevoit sur la perpendiculaire du vent , c'est-à-dire , qu'il devroit prendre une route qui le fît courir plus largue que le chasseur. Ainsi , au lieu de gouverner à l'aire de vent opposé à celui lui reste le chasseur , le chassé arriverait d'un ou deux aires de vent de plus pour faire mieux porter ses voiles 5 alors 7 si le chasseur veut le croiser , il sera forcé de courir moins arrivé : ses voiles portant moins , il perdra nécessai- rement de la vitesse relative , qui lui donneroit l'avantage , s'il couroit à la même allure que le chassé.

6 3 . Cependant , si le chasseur manœuvre bien , il lui sera facile de priver le chassé de l'avantage résultant de cette manière de prendre chasse 5 pour cela , il gouvernera

DE TACTIQUE NAVALE. 60

à la même route. Il est évident que , n'étant plus dans les eaux du chassé , il ne se portera pas directement sur lui 5 mais il ne s'en rapprochera pas moins , de manière à pou- voir l'accoster par une nouvelle route lorsqu'il en sera par- venu à une certaine distance : le chassé devra donc chercher à prolonger la chasse , s'il est possible , en se mettant lui- même à une autre route. Mais le chasseur étant supposé marcher mieux ? manœuvrant, comme je viens de le dire^ il ne reste au chassé d'autre ressource que celle de ses propres forces } et l'espoir des accidens favorables que peut lui pro- curer une honorable résistance.

Chasser étant au vent.

64' Le chasseur qui est au vent arrivera de manière que sa route tende à lui faire joindre le chassé sur le point d'intersection des routes. Pour cela , il lui suffira de ma- nœuvrer d7après le principe établi plus haut 4. 5 bis.

Si le chassé faisoit la manœuvre que je viens d'indiquer 63, le chasseur feroit celle que j'ai indiquée par le même article.

64 Cours élémentaire

CHAPITRE IV.

Des signaux.

66. Les signaux doivent être considérés comme le seul moyen du général pour donner des ordres à son armée ; il est par conséquent très-essentiel qu'ils soient clairs , précis et étendus.

S'il est facile de multiplier les signaux , on ne peut se dissimuler les inconvéniens de cette faculté même, produits par la multiplicité des signes et par la complication de leur combinaison. Il faut donc , autant que possible , concilier le nombre des ordres à transmettre avec l'impérieuse néces- sité de conserver, dans leur transmission par les signaux , toute la clarté théorique et pratique dont on a besoin pour prévenir les équivoques.

Les signaux se divisent en trois classes , signaux de jour , signaux de nuit, signaux de brune. Chacune de ces sections se sous-divise en plusieurs autres. Nous les ferons connoître successivement.

SECTION PREMIÈRE. Des signaux de jour.

67. Les signaux de jour se font par une combinaison

DE TACTIQUE NAVALE. 65

de pavillons , de guidons , de flammes ? et quelquefois de deux ou trois coups de canon.

La combinaison des pavillons , guidons et flammes , doit être absolument indépendante du lieu ces divers signes peuvent être placés. Sans cela ? un vaisseau qui auroit perdu une partie de sa mâture ne pourroit plus faire tous les signaux ; et dans tous les cas on seroit privé de la faculté de hisser les pavillons , guidons et flammes dans la partie ils seroient le plus à portée d'être aperçus par les bâtimens auxquels les ordres seroient adressés.

Le meilleur des systèmes connus est celui de du Pa- villon. J'ai cru néanmoins pouvoir m'y permettre quelques changemens.

On emploie pour les signauoc un nombre quelconque de ■pavillons , de guidons et àejlammes ? que j'indiquerai sous le terme générique de signes.

Les pavillons diffèrent entre eux par les couleurs et les dess'ms. Il en est de même des guidons et des flammes.

Les formes caractéristiques de ces signes sont si diffé- rentes , qu'on n'a point à craindre de se tromper en prenant l'un pour l'autre. Mais il est de la plus grande importance que les dessins et les couleurs qui différencient cliaque espèce de signe soient bien distincts entre eux ? afin de n'être pas exposé à des équivoques et à des méprises.

Il y a des couleurs qui , quoique très - tranchantes ? sont néanmoins sujettes à se confondre selon la position du soleil , ou selon la nature des vapeurs de l'atmosphère. Le blanc et le bleu sont particulièrement dans ce cas. J'ai vu sou- vent prendre un pavillon blanc pour un pavillon bleu. J'ai vu mettre en question si un pavillon bleu n'étoit pas i. 9

66 Cours élémentaire

blanc (1). J'ai vu prendre le pavillon anglais yack bleu pour le pavillon blanc à croicc rouge , parce que le blanc et le bleu ne formoient plus qu'une même couleur , sur laquelle on distinguoit parfaitement cette croix.

J'en conclus qu'il faut rejeter du système des signaux tous les signes qui seroient différenciés par ces deux cou- leurs.

Il faut donc choisir des couleurs qui, quelle que soit la position du soleil, soient toujours le plus tranchantes pos- sible. Il est encore indispensable de les combiner séparément et de deux à deux, de manière que la reconnoissance de l'une soit l'indication infaillible et nécessaire de l'autre $ de sorte qu'ayant reconnu une seule couleur, le pavillon à carreaux blancs et rouges ne puisse jamais être pris pour le pavillon à carreaux jaunes et noirs. On sent bien qu'on ne préviendroit point les inconvéniens et les dangers des méprises, si on adoptoit dans le système des signaux un pavillon à carreaux jaune et rouge , et un pavillon à carreaux rouge et noir, etc. etc. 5 puisque, si on ne reconnoissoit que la couleur rouge , on ne sauroit déterminer lequel des deux il faut prendre pour le signal.

Sans doute il seroit encore plus avantageux de rendre les pavillons indépendans des couleurs , en y suppléant par un dessin , puisque , ce dessin étant connu , on n'auroit point à s'occuper des couleurs qui le forment. Mais il faudroit autant de dessins bïeji distincts , bien diffêrens , qu'on a de pavil- lons à employer (2) 5 et il est au moins à craindre que la

(1) C'est en Amérique sur-tout que j'ai observé le plus souvent ces sortes de, méprises.

(1) Le nombre généralement reconnu nécessaire pour les signaux est de vingt-un.

DE TACTIQUE NAVALE. 6<f

difficulté de les reconnoître fût plus grande que celle de distinguer une des deux couleurs qui différencient deux pa- villons du môme dessin.

Il ne suffit point d'employer des pavillons faciles à reconnoître. Quoique leurs noms particuliers énoncent le dessin qui les caractérise, il importe de prévenir la possibi- lité de confondre ces noms , parce que cette confusion peut entraîner les méprises les plus fâcheuses. Par exemple , le pavillon rouge à croix blanche est bien différent du pavillon blanc à croix rouge : mais leur dénomination est composée des mêmes mots , rouge , croioo , blanc $ et lorsqu'on cherche un signal sur le tableau , l'imagination , uniquement frappée et préoccupée de ces trois mots, pourroit très-bien confondre un pavillon avec l'autre. Pour éviter cet inconvénient , faut, si l'on veut employer les deux pavillons, changer le nom d'un des deux. C'est pour cela que j'ai appelé pavillon génois le pavillon blanc à croix rouge , qui est le pavillon national de l'État de Gènes.

Les couleurs devant être combinées deux à deux , Celles qui m'ont paru les plus avantageuses sont le blanc- et le rouge pour une partie des pavillons ; le jaune et le noir pour l'autre partie. J'indique (table 3) les dessins des pavillons, des guidons et des flammes qui m'ont paru les plus faciles à re- connoître : on y en trouvera plus qu'il n'en faut pour établir la série des signaux nécessaires. C'est à l'expérience à dé- terminer ceux qui , prêtant moins aux méprises, doivent être préférés (1).

(1) Je dois au citoyen Duclot } ancien lieutenant des vaisseaux du départemenî

68 Cours ^l^mektaire

Les dimensions des pavillons doivent être de dix - huit pieds de battant sur douze pieds de gaine j celles des guidons doivent être de neuf pieds de gaîne et vingt-six pieds de battant j celles des flammes doivent être de six pieds de gaine sur trente-huit de battant.

On est dans l'usage d'effiler les flammes des signaux comme les flammes nationales ; mais ce rétrécissement a l'inconvénient d'augmenter la difficulté d'en reconnoître les couleurs et les dessins. Je pense donc qu'elles doivent avoir la même largeur dans toute leur longueur, sauf à en arron- dir le bout, afin de ne pas les confondre avec les extrémités des guidons , qui sont pointues.

J'ai cherché à combiner les dessins des pavillons ? guidons et flammes , de manière qu'il suffise d'en voir la moitié du côté de la gaine pour déterminer tout le signe. Quant aux pavillons , ils sont aussi dessinés de manière qu'en suppri- mant l'usage des pavillons tout rouges et tout noirs , il suffira pour les déterminer, d'en apercevoir la moitié , soit hori- zontale, soit verticale.

6 9 . Les signaux de jour étant composés de chapitres dont les signes distinctifs pourroient n'être pas toujours présens à la mémoire, on trouvera dans la table 4 l'indication du chapitre auquel appartient un signal fait ou à faire. Le numéro qui est dans les cases se trouvent ces signes dis-

de Toulon , le système nouveau de la combinaison séparée des couleurs , que je

trouve tres-ingenieux.

Cet officier s'étoit fait connoître par plusieurs commandemens ; il <£toit recom- mandable par son zèle 1 par ses connoissances , non-seulement dans l'art naval , mais encore dans les détails relatifs aux arsenaux d'Europe , et à l'administration des ports des colonies dont il conuoissoit et dont il a dévoilé les abus.

DE TACTIQUE NAVALE. 69

tinctifs j indique l'article de la tactique qui renferme l'ins- truction relative à ce chapitre.

Je ne me dissimule point les difficultés dont la multitude des chapitres paroît d'abord devoir surcharger la théorie j mais ces difficultés sont bien rachetées dans la pratique , puisque les signaux se trouvent simplifiés , au point que , par un seul signal , on peut souvent suppléer à deux , trois } et même quatre signaux.

Comme il importe d'avoir toujours sous les yeux tous les signaux possibles, voici de quelle manière on peut disposer les tableaux destinés à les représenter.

Le tableau du chapitre général à la voile , et celui du cha- pitre général à l'ancre , doivent être collés sur une même planche y et au revers l'un de l'autre.

Sur une seconde planche placée à côté ou vis-à-vis de la première , on établira^ dans une colonne à gauche , les signes caractéristiques de tous les chapitres, et, dans l'espace corres- pondant, le tableau des signaux relatifs à ces mêmes cha- pitres : de manière que 9 quel que soit le signal fait , on l'aie toujours sous les yeux , soit dans le tableau du chapitre général, soit dans le second tableau qui contiendra tous les autres.

70. Outre les signaux dont je viens de parler, il y a encore les signaux de reconnaissance. Ce sont ceux que chaque gouvernement donne à ses bâtimens de guerre. Il faut que les bâtimens se rapprochent assez pour distinguer et reconnoître les pavillons qui doivent être respectivement hissés. Lorsque le temps n'est pas clair , il faut s'approcher davantage , ce qui n'est pas sans danger. La prudence exige que 1 on attende les approches de la nuit , afin de se mé-

yO 'COURS ÉLÉMENTAIRE

nager, dans le cas l'on seroit obligé de prendre chasse, la ressource de se sauver en faisant fausse route. Indépen- damment de ce que cette précaution ne fait que diminuer les risques , il en résulte encore l'inconvénient de perdre la journée à suivre de loin le bâtiment qu'on a intérêt de recon- noître , et dont on a cependant quelque raison de se défier.

Il seroit à désirer, pour prévenir ces inconvéniens , que les signaux ordinaires de reconnoissance fussent précédés de signaux préparatoires faits avec les voiles les plus élevées , autant que le temps le permettroit : on pourroit même com- biner ces signaux préparatoires avec un pavillon , un guidon , une flamme , en observant que les couleurs ou les dessins de ces signes fussent indépendans du signal.

Usage des chapitres des signaux de jour.

7 1 . Pour former le tableau général des signaux , on construira une table semblable au carré de Pythagore (table 5), composée d'autant de colonnes verticales et horizon- tales qu'on aura de pavillons à employer.

On inscrira dans chacun des carrés formés par l'intersec- tion de ces colonnes , un des ordres à signaler.

On dessinera chacun des pavillons à employer au-dessus

de chacune des colonnes verticales , et à côté de chacune des

7 \

colonnes horizontales.

Pour connaître un signal appartenant au tableau général , on cherchera dans la première colonne horizontale le pavillon supérieur du signal aperçu : on cherchera de même le pavillon inférieur dans la colonne verticale. Le carré correspondant aux deux pavillons , et qui est sur le point d'intersection des

DE TACTIQUE KÀVALE. y \

.deux colonnes horizontale et verticale 7 contiendra l'ordre signalé.

Ainsi (table 5 ) un signal fait avec un pavillon supé- rieur mi -parti jaune et noir , et un pavillon inférieur ci carreaux jawies et noirs , indique l'ordre contenu dans la case ou carré 286.

Si on avoit un signal à faire ? on chercheroit la case oit il est énoncé 5 on liisseroit pour pavillon supérieur celui correspondant à cette case dans la colonne verticale 5 celui correspondant dans la colonne horizontale seroit hissé pour pavillon inférieur.

On ajoutera à chacune des cases contenant un ordre qui a besoin d'instruction pour son exécution ? le numéro de l'article de la tactique cette instruction aura été déve- loppée.

Il doit y avoir sur chaque dessin de pavillon un petit trou destiné à recevoir une cheville. Cette cheville sera plan- tée à mesure que le pavillon d'un signal aura été reconnu. Ce procédé présente le double avantage de soulager la mé- moire de celui qui cherche la signification d'un signal ? et de prévenir les méprises qu'il pourroit faire en prenant une colonne pour une autre 5 ce qui le feroit aboutir à toute autre case que celle indicative de l'ordre signalé.

Si l'on avoit un signal à faire, on chercheroit d'abord la case il est énoncé. Une fois déterminée , on auroit l'atten- tion de planter tout de suite la cheville sur chacun des deux pavillons qui doivent le composer.

Il faudra de mcme faire usage de la cheville toutes les fois qu'on aura besoin de combiner un signe supérieur avec

72. Cours élémentaire

un signe inférieur, dans les tableaux de signaux de jour, de nuit,, de brume et d'amure.

72. Les signaux nécessaires à une armée à la voile ou à l'ancre n'ayant pu être réunis dans un chapitre général , il a fallu les séparer. Mais comme une armée à la voile peut avoir besoin d'un signal contenu dans le chapitre de l'armée à 1 ancre , et vice versa , une flamme quelconque , inférieure à deux pavillons, renverra au chapitre de l'armée à l'ancre si elle est à la voile , et au chapitre de l'armée à la voile si elle est à l'ancre.

7 3 . Les signaux numéraires seront faits de la même ma- nière que ceux du tableau général, c'est-à-dire, par deux pavillons auxquels on joindra un guidon déterminé supérieur. Ce guidon est employé pour annoncer que le signal n'indique que le numéro contenu dans la case correspondante aux deux pavillons.

La signification de ce signal est déterminée par un signal antérieur dont il est inséparable. Ainsi , si on a signalé des voiles étrangères à l'armée , le signal numé- raire qui suivra ce premier signal désignera le nombre des voiles aperçues. Si on avoit signalé qu'on a trouvé le fond , le signal numéraire indiqueroit le nombre de brasses d'eau , etc. etc. etc.

Chaque vaisseau de la même armée ayant un numéro différent , les signaux numéraires servent à les désigner : de sorte que l'on peut adresser individuellement à chaque vais- seau l'ordre qu'on désire qu'il exécute.

En cas de séparation d'un bâtiment , ces signaux servent à faire connoître le vaisseau qui manque. Pour cela , chaque vaisseau n'a qu'à signaler son numéro j de même un vais-

DE TACTIQUE' NAVALE. 73

seau qui rallie Parmée se fait connoître en hissant son

numéro.

7 4' Les trente-deux aires de vent de la boussole doivent être signalés par un seul pavillon et par un guidon supérieur. Mais comme on n'a que vingt pavillons à employer ? on ne peut parvenir à signaler tous les aires de vent qu'en par- tageant la boussole en deux parties ; l'une du nord au sud , en passant par l'est j l'autre du nord au sud , en passant par l'ouest. On affectera un guidon différent à chacune de ces parties : de sorte que tous les aires de vent seront signalés avec seize pavillons et deux guidons. (Table, 6. )

On donnera à chacun des seize pavillons affectés à ce signal la signification de deux aires de vent opposés j c'est- à-dire que le pavillon qui , combiné avec le guidon 1 , indiquera Vest , désignera V ouest s'il est combiné avec le guidon 2.

Quelques tacticiens ont proposé de supprimer un des guidons , et de signaler les deux parties de la boussole , en hissant un seul guidon supérieur ou inférieur au pavillon , selon qu'on voudroit signaler l'une ou l'autre partie. L'avan- tage résultant de cette économie d'un guidon ne me paroît pas comparable à celui que 1 emploi des deux guidons peut procurer.

Il paroît d'abord indifférent de signaler les trente -deux aires de vent d'une manière ou d'une autre : mais on peut être obligé de faire route entre deux aires de vent 5 et alors il ne suffît pas de signaler les trente- deux.

Lorsqu'un changement de route est signalé avant la nuit? ou avant la brume , chaque vaisseau peut reconnoître si la route du général est précisément celle qu'il a ordonnée.

*• 10

y 4 Cours élémentaire

Mais si la nuit ou une brume épaisse surviennent peu après le signal qui a fixé la route 5 il est certain , pour peu que le sillage soit considérable , que ? faute de pouvoir comparer la route du général avec celle qu'il a signalée , il peut arriver une séparation , par suite de laquelle les vaisseaux séparés seront exposés à faire de faux calculs sur les moyens de se rallier.

Il me paroit donc nécessaire de prévenir les accidens ? en se ménageant la faculté de signaler soixante-quatre divi- sions de la boussole. Pour cela , il suffira de convenir qu'un pavillon qui exprime un des trente - deux aires de vent , lorsqu'il est joint à un guidon supérieur, désignera cinq degrés trente -sept minutes de plus^ si ce même guidon est inférieur.

Les cinq degrés dont je viens de parler doivent être pris en s'éloignant du nord , tant qu'on va du nord au sud en passant par l'est ; ils doivent ? au contraire , être pris en se rapprochant du nord , à mesure qu'on remonte du sud au nord en passant par l'ouest : de sorte que le pavillon qui? avec un guidon supérieur , est destiné à désigner Vest ? indiqueroit Vest cinq degrés sud, si le guidon étoit inférieur. Ce même pavillon , qui , avec le second guidon supérieur , doit signaler V ouest , désigneroit Y ouest cinq degrés nord ? si ce second guidon étoit inférieur.

Ceci doit suffire pour faire sentir l'avantage d'employer deux guidons dans les signes destinés à signaler les aires de vent.

Le guidon d'aire de vent entre deux pavillons est le signe caractéristique des signaux des fausses routes : dès -lors il faut se tenir pour dit que toutes les fois qu'on aura à em-

DE TACTIQUE NAVALE. 7 5

ployer le signe du guidon inférieur au pavillon , on devra avoir l'attention d'amener les voiles autant qu'il sera néces- saire , pour que ceux à qui le signal sera adressé n aient point à hésiter , dans le doute s'il n'y auroit pas un second pavillon au-dessous du guidon inférieur.

Le mode de signaler de demi-aire en demi -aire de vent les routes à faire , très -avantageux dans le cours ordinaire de la navigation , ne me paroît pas présenter les mêmes avantages lorsqu'il s'agit de fausses routes. On pourroit cependant les signaler tout de même, en convenant de placer pour les demi -aires de vent un guidon inférieur aux deux pavillons. On suivroit dans l'exécution de ces signaux tout ce que je viens de dire pour ceux qui désignent les demi- aires de vent à suivre dans les routes ordinaires.

Mais il est à craindre qu'on n'aperçoive que les deux pavillons supérieurs , ce qui donneroit lieu à des méprises très-fâcheuses. D'ailleurs, comme dans les fausses routes on est maître de varier d'un aire de vent à l'autre celles sur les- quelles on voudra gouverner , le signal relatif aux demi-aires de vent ne m'y paroît pas aussi nécessaire que lorsqu'on ne doit faire qu'une seule route.

On pourroit encore signaler d'une manière générale les demi-aires de vent , tant pour la navigation ordinaire que pour les fausses routes j ce seroit d'appuyer le signal des aires de vent d'un coup de canon au moment on ameneroit les signes. Ce coup de canon signaleroit un demi -aire de vent de plus, en comptant comme je l'ai indiqué dans le cours du présent article. Au reste , c'est à la sagacité des officiers, et à l'expérience, à décider lequel des deux modes que je propose doit être préféré.

7 6 Cours élémentaire

7 5. Une flamme entre deux pavillons , ou supérieure à ces deux pavillons ^ qui désigne le chapitre des escadres imaginaires , sert à donner des ordres déterminés à des divisions de l'armée comme à des vaisseaux particuliers.

Pour cela ? on forme encore une table de Pythagore composée d'autant de cases horizontales que l'on a de pa- villons différens , et d'autant de cases verticales que l'on a de flammes différentes. (Table, n°. 7.)

On dessinera un des vingt pavillons dans chacune des cases de la première colonne horizontale 5 on dessinera de même une des six flammes dans chacune des cases de la première colonne verticale. La combinaison d'un des pavillons et d'une des flammes fera connoître^ dans tous les cas, le bâtiment à qui l'ordre signalé sera adressé.

Pour cet effet , on affectera à chaque division de l'ar- mée , et à chaque vaisseau particulier , une des cases du tableau.

Pour que ce tableau puisse en même temps déterminer à chaque vaisseau l'ordre qu'on lui adresse , il faut considérer que la flamme hissée entre les deux pavillons , ou supérieure à tous les deux , donne , par cela même ? la faculté de faire exprimer deux ordres par chacun des pavillons. En consé- quence on dessinera les mêmes pavillons au - dessus de la première colonne horizontale. On écrira au-dessus de chaque pavillon l'ordre signalé par la flamme hissée supérieure aux deux pavillons 5 on écrira au-dessous l'ordre signalé par la même flamme hissée entre deux pavillons.

D'après cela , on connoîtra l'ordre signalé 7 parce qu'il sera indiqué par le pavillon supérieur du tableau , d'après ia position de la flamme 5 on connoîtra de même la division

DE TACTIQUE N A V A L E. 77

ou le vaisseau à qui l'ordre sera adressé , en voyant quelle est la case qui correspond dans le tableau au pavillon infé- rieur et à la flamme qui auront été employés pour former le signal.

Ainsi, supposons que le signal aperçu soit composé des pavillons 1 1 supérieur et 8 inférieur, et que la flamme soit au milieu , on voit que le signal est adressé à la seconde division 3 et qu'il lui prescrit de virer de bord. Si la flamme n°. 3 avoit été supérieure aux deux pavillons, le signal auroit ordonné à la même division d'arriver.

On voit par ce tableau qu'avec vingt pavillons et six flammes , on peut donner quarante ordres différens à cent vingt parties de l'armée.

On pourroit augmenter de moitié le nombre de ces ordres , en convenant de placer une flamme inférieure aux deux pa- villons j mais nous avons vu, 72 , que cette combinaison de signes est destinée à signaler le renvoi au chapitre général de l'armée à l'ancre , si elle est à la voile , et au chapitre général de l'armée à la voile, si elle est à l'ancre.

Il seroit cependant d'autant plus facile de suppléer par un autre signe à cette flamme inférieure aux deux pavillons , que ce signal ne supposant point la présence de l'ennemi , on a moins à craindre d'être compromis par quelque méprise. On pourroit, par exemple, employer la flamme nationale, dont la forme est si différente de celle des flammes destinées aux signaux, qu'il seroit impossible de s'y méprendre : mais cela ajouteroit un nouveau chapitre au traité des signaux -} le nombre en est déjà assez considérable.

76. Les résultats de la navigation ne produisent généra- lement qu'une estimation plus ou moins approximative des

78 Cours élémentaire

routes qu'on a faites. De -là l'inquiétude inséparable de la non connoissance des côtes que l'on découvre aux attérages. Il importe grandement de les déterminer le plus tôt possible , soit pour ne pas rester exposé aux accidens d'un faux atté- rage, soit pour profiter de tous les avantages que la connois- sance de ia terre aperçue peut procurer, et que l'indécision peut faire perdre. Il faut donc chercher tous les moyens de connoître, dans le plus grand éloignement possible, les signaux qui seront faits pour désigner la terre que l'on aperçoit.

Pour cela , on se servira d'une flamme supérieure à un seul pavillon. Il ne sera point nécessaire pour ce signal de déterminer la couleur et les dessins de la flamme 5 il suffira qu'elle soit vue : mais il faut être assez, à portée pour distinguer la couleur et le dessin du pavillon.

On devra , d'après ces données , appliquer à chaque pa- villon les noms des principaux points d'attérage qu'on est dans le cas de découvrir relativement aux routes qu'on aura à faire. Celui qui aura reconnu le premier la côte pourra la faire connoître au reste de l'armée par le moyen du signal indique*

Remarquons en passant qu'on peut donner au même pavillon le nom de différens points d'attérages , pourvu que ces points soient si éloignés les uns des autres , qu'il soit impossible de faire des équivoques. Par exemple , le même pavillon pourroit désigner le cap Saint - Vincent ( côtes d'Europe), et la montagne du Vauclain (île de la Mar- tinique ).

77. Il arrive toujours dans les chasses que les extré- mités de l'armée sont à de si grandes distances, qu'il est difficile de distinguer les couleurs et les dessins des signes

DE TACTIQUE NAVALE. y a

dont on se sert pour les signaux. On pourroit alors , comme dans les cas l'on veut déterminer la terre découverte , et par les mêmes motifs , n'employer qu'un seul pavillon 5 mais avec cette différence que la flamme seroit hissée infé- rieure, afin de ne pas confondre les deux cas.

On affectera donc à chacun des vingt pavillons un des vingt signaux présumés les plus nécessaires à de grandes distances : l'emploi de ces signaux n'excluroit point celui des signaux du tableau général, auquel on aura recours lorsque les autres seront insuffisans.

78. La fumée dans les combats est un grand obstacle à ce qu'on distingue parfaitement les couleurs et les dessins des pavillons , flammes et guidons : il est bien certain que la diminution du nombre des signes destinés à composer un signal diminuera la difficulté de le reconnoître 5 mais cet avantage sera au moins balancé par l'inconvénient de ré- duire à vingt le nombre des ordres à donner. Cette réduc- tion est à peu près impossible , sur-tout si on considère que l'on peut être obligé de donner des ordres non seulement à l'armée , mais encore à des sections de l'armée. Quelques précautions qu'on ait prises avant le combat pour se dis- penser de faire des signaux pendant l'action 5 quelque bon que puisse être le choix des vingt articles à signaler par un seul pavillon , on ne sauroit se flatter d'avoir tout prévu : il faudroit donc se borner à signaler par un seul pavillon les ordres les plus essentiels, et faire usage du chapitre général pour tous les autres.

Le point important, dans tous les cas, est que l'on puisse aisément s'assurer si le signal est fait avec un ou deux pavillons. Pour cela il faudra avoir la très-grande attention

80 Cours élémentaire"

d'amener les voiles qui pourroient donner lieu à des doutes et à des méprises.

L'embarras consiste moins dans le nombre des signes à apercevoir que dans la difficulté d'en distinguer les couleurs et les dessins. Si cette difficulté pouvoit se réduire à dé- terminer les couleurs et les dessins d'un seul pavillon , et si, par le moyen de ce seul pavillon j on pouvoit parvenir à multiplier suffisamment le nombre des signaux du combat , on auroit prévenu les inconvéniens résultans de la combi- naison des pavillons.

Pour augmenter le nombre des signaux de combats faits par un seul pavillon , on hissera une flamme quelconque supérieure 5 ce qui donnera vingt signaux de plus (1).

Si au lieu d'une flamme on liisse le guidon numéraire supérieur , on aura soixante signaux , pour lesquels il ne faudra déterminer qu'un seul pavillon , qu'on ne peut aper- cevoir sans être assuré s'il est ou non surmonté d'un autre signe (2).

(1) La flamme supérieure à un seul pavillon est le signal employé pour déter- miner la terre aperçue. Il n'est point à présumer qu'on ait ce signal à faire pen- dant le combat. Si cependant on étoit dans ce cas , on préviendrait toute équivoque , en y ajoutant le signal du chapitre général ? qui indique que l'on découvre la terre.

(a) Il n'est guère à présumer que, pendant le combat, on soit obligé de signaler un aire de vent ; de sorte qu'un guidon quelconque supérieur pourroit suffire. J'in- dique néanmoins le guidon numéraire exclusivement, afin de prévenir toute équi- voque. Il est vrai que cette indication obligera à déterminer la couleur du guidon lorsqu'il sera employé : mais comme on n'a que trois guidons, on sera bien moins exposé à les confondre que si on avoit à déterminer des pavillons, qui sont au nembre de vingt. D'ailleurs, la position de l'armée, les signaux antérieurs, la manœuvre du général, contribueront toujours à prévenir les méprises.

Au reste ? le guidon numéraire doit toujours être le plus remarquable des trois.

DE TACTIQUE NAVALE. 8 1

Si ce nombre de signaux n'étoit pas suffisant , on hissera le pavillon égal à tous , au lieu du guidon ou de la flamme. On aura alors quatre-vingts signaux , pour lesquels on n'auroit à déterminer la couleur et le dessin que d'un seul

signe.

Enfin on se procureroit soixante signaux de plus en his- sant inférieurs au pavillon du signal , soit le pavillon égal à tous 5 soit le guidon, soit la flamme (1). On feroit donc cent quarante signaux avec un seul pavillon à déter- miner (2).

Ce nombre étant plus que suffisant , on choisira parmi les combinaisons que je viens d'indiquer celles qui étant les moins susceptibles d'équivoques et de méprises , devront être employées pour les signaux les plus essentiels.

Lorsqu'on placera , soit la flamme , soit le pavillon égal à tous P soit le guidon , inférieurs au pavillon du signal , il faudra apporter la plus grande attention à les frapper très- près l'un de l'autre , et à amener les voiles qui pourroient les masquer, afin qu'on ne puisse pas voir le pavillon sans apercevoir en même temps le second signe j sans quoi , on

(1) La flamme inférieure au pavillon a déjà été indiquée comme un signe carac- téristique des signaux de chasse. L'événement peut faire que plusieurs de ces signaux ne soient point étrangers au combat. Si, dans les vingt signaux de chasse , il en est quelques-uns qu'on prévoie ne devoir pas être utiles pendant l'action , on peut les supprimer et les remplacer par des signaux présumés plus nécessaires 5 ce qui donne- roit encore vingt signaux de plus pour le combat.

(2) Si l'on a à employer le pavillon égal à tous supérieur ou inférieur à un seul pavillon dans les signaux de combat, il faudra nécessairement supprimer dans le tableau général les vingt cases signalées par la répétition d'un même pavillon , et pour lesquelles on seroit obligé d'employer le pavillon égal à tous , s'il arrivoit qu'on n'eût pas à sa disposition le pavillon double de celui qu'on a à employer,

l 1

Sz Cours iiiMENTiiiiE

s'exposeroit à voir prendre le signal fait avec un signe secondaire, pour celui qu'auroit indiqué le même pavillon hissé tout seul.

Les frégates et autres bâtimens hors la ligne qui sont chargés de répéter les signaux ^ doivent avoir le moins de voiles hautes possible.

Les flammes nationales que les bâtimens de guerre sont dans l'usage de porter, me paroissent inutiles dans les com- bats d'armée j elles peuvent ajouter à la difficulté de dis- tinguer les signaux. Sans doute il convient de conserver les pavillons de distinction j mais, pour prévenir les équivoques, ils devront être plus petits que ceux des signaux ; ils devront avoir la forme carrée ? ou même avoir plus de gaine que de battant.

Il arrive souvent dans les combats que le corps des bâ- timens est dérobé à la vue par la fumée , tandis que l'extré- mité de la mâture est très -visible. Les flammes nationales ont , en cas de mêlée , l'avantage de faire connoître à quelle armée appartient le vaisseau dont on ne peut point distin- guer le pavillon. Mais lorsque tous les ennemis ont des flammes r on peut regarder comme amis les vaisseaux qui n'en ont pas. Cependant je propose , pour le temps du combat seulement , de remplacer la flamme par un très-petit pavillon national qui n'ait que les dimensions nécessaires pour être aperçu et distingué par un bâtiment à portée. Je voudrois encore qu'on revînt à l'usage de hisser un pavillon sur le mât de beaupré. Nul doute que, dans une mêlée, il pourroit prévenir une méprise.

80. Un guidon d'aire de vent supérieur à deux pavillons doit servir à indiquer par un seul signal y 1 °. que Von

DE TACTIQUE NAVALE. 8

a

découvre des voiles ; 2°, l'aire de vent oit on les aperçoit ; 3°. leur nombre.

Ainsi la réunion des trois signes indique voiles aperçues ; le numéro du pavillon inférieur en détermine le nombre ; le guidon combiné avec le pavillon supérieur désigne l'aire de vent elles restent au bâtiment qui fait le signal.

Un pavillon ne peut jamais désigner un nombre au-dessus de vingt j par conséquent si on découvroit plus de vingt voiles, on seroit obligé d'ajouter un signal numéraire : mais on pourroit y suppléer par un coup de canon au moment on ameneroit le signai. Ce coup de canon produiroit deux effets : i°. d'équivaloir au nombre vingt; 2°. de don- ner au pavillon inférieur une valeur triple de son numéro , qu'on ajoutera au nombre vingt que signale le coup de canon. Comme il importe peu, lorsqu'on découvre un certain nombre de voiles , d'en signaler une ou deux de plus ou de moins , on aura toujours , à une ou deux près , le nombre des voiles aperçues. Ainsi supposons que l'on ait à signaler cinquante- une voiles dans le nord, on hissera le signal d'aire de vent exprimant' le nord , 7 4 ; on placera en dessous le pavillon 1 o ; et, tirant un coup de canon en amenant le signal, on aura évidemment signalé cinquante voiles , puisque le coup de canon en vaut vingt, et qu'il indique en même temps de tripler la valeur du pavillon 10. On peut donc signaler quatre-vingts voiles avec un seul signal et un coup de canon tiré au moment on amènera les signes.

Il faut observer que le coup de canon tiré en bissant les signes , ne change rien à cette combinaison. Il ne sert ? comme dans les autres cas, qu'à appeler l'attention sur le bâtiment qui fait le signal.

84 Cours ^l^mewtaire

8 1 . Les signes combinés d'un guidon d'aire de vent entre deux pavillons, caractérisent le signal des fausses routes. On doit s'en servir lorsqu'on chasse et lorsqu'on est chassé , pour signaler à l'avance les routes à faire pendant la nuit ou pendant la brume , sans être obligé de recourir dans l'ob- scurité à des signaux , ou d'allumer les fanaux , qui mettroient l'ennemi à même de juger ces changemens de route.

Le guidon d'aire de vent entre deux pavillons indique, i°. que le signal est relatif aux fausses routes $ 2°. il désigne l aire de vent sur lequel on devra gouverner ; 3°. il marque le nombre de demi-heures à courir sur chaque aire de vent.

Les fausses routes seront signalées et déterminées par la combinaison du guidon avec le pavillon supérieur , comme il a été dit plus haut, 74»

Le nombre des demi-heures à courir sur chacune de ces routes sera déterminé par la valeur numérique du pavillon inférieur.

On écrira sur tous les bâtimens les différentes routes et le nombre des demi-heures qu'elles devront durer , au fur et mesure qu'on les signalera.

Ces différentes routes ne devant commencer que lorsque l'ennemi ne sera plus à même d'en avoir connoissance , le général aura l'attention de signaler pour première fausse route la route même que fera l'armée au moment du signal. Cette route devra être continuée jusqu'à l'heure fixée pour le premier changement.

Pour qu'il y ait uniformité dans la manière de compter le temps , on aura soin , sur chaque vaisseau , de tourner une horloge au moment le général amènera le premier signal de fausse route.

DE TACTIQUE NAVALE. 85

Cette manière de signaler les fausses routes , qui m'a paru la plus simple, n'a -t- elle pas,, comme toutes celles qu'on pourroit adopter, l'inconvénient d'annoncer à l'ennemi ce qu'il est si important de lui cacher, c'est-à-dire que l'armée doit faire des fausses routes? Car il faut toujours supposer qu'il connoît , sinon la valeur et la signification de chaque pavillon , qui peuvent changer tous les jours , du moins le système général des signaux de l'armée : d'où il suit que plus on aura simplifié la méthode de signaler les fausses routes , plus on lui aura fourni de moyens et de données pour connoître le nombre de celles qui auront été signalées , et pour lui en faire présumer la réduction , sur- tout si on est obligé de changer de guidons , puisque ce changement suffit pour annoncer que l'on doit passer de l'est à l'ouest , ou de l'ouest à l'est. On sent combien 7 d'après cette donnée , la position respective des deux armées peut prêter à tous les calculs des probabilités.

D'un autre côté , si l'ennemi ne voit point signaler de fausses routes , il aura une donnée encore plus probable pour soupçonner que l'on doit continuer la même route toute la nuit. Il est vrai qu'on pourroit lui donner le change , en suppléant aux signaux de fausse route par des ordres à la voix. Mais il pourroit présumer leur transmission, soit par la possibilité de les transmettre d'un vaisseau à l'autre , si le temps et la proximité l'avoient permis , soit par la ma- nœuvre des bâtimens qu'il auroit pu voir porter des ordres à tous les autres. Les signaux faits par l'armée dont il veut pénétrer les projets pour la nuit , les mesures qu'elle auroit prises pour suppléer à ces signaux , les mouvemens qui en résulteroient , tout , en un mot , appelleroit et fixeroit son

86 Cours élémentaire

attention , et lui procureroit des données d'après lesquelles il régleroit sa conduite ultérieure. Voici cependant un moyen de le jeter dans l'embarras.

On a vu que seize pavillons suffisent pour signaler les trente-deux aires de vent. On pourroit donc faire , avec les quatre autres , des signaux supposés de fausse route -y l'en- nemi seul y seroit trompé , parce qu'on intercaleroit les signaux vrais dans les signaux supposés ; les vaisseaux de l'armée ne pourroient s'y méprendre, puisque Pon emploie- roit pour les signaux vrais , les pavillons affectés à l'indi- cation des aires de vent.

Les signaux des fausses routes doivent être secrets. La valeur des pavillons qui sont destinés à les indiquer doit être différente de celle qu'ils ont dans les tableaux ordi- naires. Chaque capitaine doit donc avoir un tableau parti- culier pour la signification des pavillons des aires de vent , et pour ceux qui indiquent les valeurs numériques. Lorsqu'on signaleront des fausses routes, le capitaine et son second se réuniroient pour déterminer les fausses routes signalées : le capitaine seul en retiendroit la note j et chaque officier com- mandant de quart recevroit l'instruction relative aux quatre heures pendant lesquelles il aura à surveiller la route du bâtiment.

82. Il est très-important que tous les bâtimens , et sur- tout le général , puissent faire connoître , soit leur point , soit seulement leur latitude ou leur longitude.

Par la méthode que je propose, le même signal désignera, i°. si c'est la latitude ou la longitude que Von signale $ 20. le nombre de degrés et de minutes $ 3°. si la latitude ou la longitude signalées proviennent d'une observation 9 ou

DE TACTIQUE NAVALE. 87

si elles ne sont qu'estimées ) 4°« & ^a latitude est nord ou sud , et si la longitude est orientale ou occidentale \

Les signaux relatifs au point doivent être composés de deux des pavillons du tableau général et du pavillon na- tional. Si ce dernier est hissé supérieur aux deux autres , la longitude et la latitude signalées sont observées : elles ne seront qu'estimées ? si le pavillon national est placé entre les deux autres.

Observons d'abord que , pour la latitude , il suffira de signaler les unités de degrés et les minutes ? parce qu'on ne peut pas supposer une différence de cinq degrés de la latitude d'un bâtiment à celle d'un autre. Ceci posé 7 les unités des degrés de latitude seront signalées de un à dix inclusivement , par les dix premiers pavillons du tableau que je suppose rouges et blancs. Celui qui devra désigner les unités de degrés sera hissé supérieur à l'autre pavillon.

Le second pavillon destiné à signaler les minutes sera toujours hissé inférieur aux deux autres. Le nombre des minutes sera déterminé par le triple de la valeur numé- rique de ce pavillon inférieur. On prendra donc sur les vingt du tableau celui dont le numéro multiplié par trois se rapprochera le plus du nombre des minutes à signaler.

J'ai dit que les pavillons rouges et blancs sont destinés en même temps et à faire connoître que c'est la latitude qu'on signale ? et à en déterminer les degrés : mais il peut n'y avoir point de degrés à signaler, et alors on ne pourroit point savoir si les minutes signalées appartiennent à la latitude ou à la longitude. Pour obvier à cet inconvénient , il faudra , quand il n'y aura point de degrés y substituer au pavillon qui doit les signaler un des guidons d'aire de vent,

Cours élémentaire

Si Pou n'avoit point cle minutes de latitude, on substi- tueroit le pavillon égal à tous au pavillon destiné à les signaler.

On voit par tout ce que nous venons de dire que , sous l'équateur, le signai de latitude seroit composé, i°. àJun guidon d'aire de vent $ 2°. du pavillon national supérieur ou inférieur , selon que la latitude seroit observée ou esti- mée j 3°. du pavillon égal à tous , inférieur aux deux autres.

Si la proximité de l'équateur donnoit lieu à des doutes sur la nature de la latitude , un coup de canon tiré en ame- nant le signal désigneroit la latitude nord , et deux coups de canon indiqueroient la latitude sud.

Ainsi , d'après tout ce que nous venons de dire , suppo- sons qu'on ait à signaler quarante - cinq degrés cinquante- deux minutes de latitude observée, on hissera le pavillon national supérieur au pavillon rouge et blanc 5 , qui désignera le nombre des degrés ; on placera sous ce dernier le pavillon 17, dont la valeur numérique , multipliée par trois , indiquera cinquante-une minutes.

Si la latitude n'avoit été qu'estimée , le pavillon national auroit été placé entre les deux autres.

Si on avoit zéro de degré , et dix minutes de latitude sud observée, on hisseroit, i°. le pavillon national 5 20. un guidon d'aire de vent 5 3°. le pavillon 3, dont le signe numérique , triplé , signaleroit neuf minutes : enfin , on tireroit deux coups de canon en amenant le signal , pour annoncer que la latitude est sud.

Mais la longitude ne pouvant pas être aussi souvent et aussi facilement rectifiée que la latitude , il ne suffit pas ,

DE TACTIQUE NAVALE. 89

pour la déterminer, d'en signaler les unités de degrés et les minutes , il faut encore faire connaître à quelle dixaine elles appartiennent.

Il semble d'abord qu'il devroit suffire de signaler les unités de degrés de longitude , et qu'il fauclroit dix degrés de diffé- rence entre la longitude du bâtiment qui signale son point et celle des autres bâtîmens , pour que cette manière de signaler pût donner lieu à des erreurs. Cela est vrai à l'égard de certains nombres de degrés j mais ne l'est pas à l'égard de tous , puisqu'une différence de cinq degrés suffit pour jeter dans le doute.

Par exemple , on signale une unité de degré de longitude : celui qui en a cinquante-deux ne peut pas hésiter à penser que la longitude signalée est de cinquante -un degrés 5 car pour se permettre le doute , il seroit obligé de supposer que celui qui a signalé l'unité compte quarante -un ou soixante- un 5 ce qui n'est pas probable , parce qu'il ne peut jamais exister dix degrés de différence dans les longitudes de deux bâtimens naviguant de conserve.

Mais si on signaloit dix unités de degrés, le bâtiment qui en auroit quarante -cinq se trouveroit très - embarrassé entre le nombre de quarante et de cinquante : de même celui qui compteroit cinquante- deux degrés seroit dans le même em- barras, si on lui signaloit sept unités de longitude, parce qu'il ne sauroit s'il doit adopter le nombre quarante -sept ou celui cinquante -sept, qui donnent tous deux la même différence (1).

(1) Il n'y auroit dans les deux cas que cinq degrés de différence; ce qui, sur un moyen parallèle, donne quatre-vingt-dix lieues. Cette différence n'est pas impos- sible en fait de longitude.

1 12

90 Cours élémentaire

En voilà assez pour prouver la nécessité de signaler les dixaines auxquelles appartiennent les unités de degrés.

Les unités de degrés et les minutes de longitude seront signalées de la même manière que les unités de degrés et les minutes de latitude ; mais avec cette différence que , pour distinguer la longitude de la latitude , on hissera pour pa- villons destinés à signaler des unités , les dix derniers du tableau , que je suppose jaunes et noirs. On retranchera mentalement, et pour le moment du signal, le chiffre de la première dixaine de leur numéro 5 de manière que le pavillon numéro 1 5 du tableau général ne comptera plus que comme numéro 5 pour le signal j mais le numéro 2 o comptera comme numéro 10.

D'après cela , il ne reste qu'à indiquer la manière de signaler la dixaine à laquelle appartiendront les unités de degrés.

Il faut d'abord distinguer les dixaines en dixaines paires et en dixaines impaires ; et afin de prévenir toute espèce de confusion dans la manière de les compter , on regardera invariablement comme paiïes toutes celles dont les chiffres précédant les unités seront pairs, tels que 20, ? et 805 et comme impaires, toutes celles dont les chiffres précédant l'unité seront impairs, tels que io; 3o, 5o, 70 et 90.

Ceci posé , il suffira de signaler que les unités de degrés appartiennent à une dixaine paire ou impaire , pour que la longitude soit exactement déterminée.

En effet, il y a vingt degrés de différence d'une dixaine paire à l'autre dixaine paire : or une telle différence ne peut jamais exister entre les longitudes de deux bâtimens. Il

DE TACTIQUE H A V À L E. 9 1

n'est donc pas à craindre que l'on confonde la dixaine paire signalée avec la dixaine paire qui la précède ou qui la suit.

Par exemple, un bâtiment se croit par cinquante degrés de longitude ; on lui signale cinq unités de degrés apparte- nantes à une dixaine impaire. II est impossible qu'il pense seulement à accoler ces unités aux dixaines impaires 3o et 7 o , plutôt qu'à celle 5 o ; car il seroit obligé , d'après son point, de supposer une différence de quinze degrés, pour appliquer les unités signalées à la dixaine 3 o ; ou une dif- férence de vingt - cinq degrés , s'il vouloit appliquer ces mêmes unités à la dixaine impaire 70 : or cette différence énorme ne peut jamais être supposée , parce qu'elle ne peut jamais exister.

Ainsi le signal auroit indiqué que celui qui l'a fait avoit cinquante-cinq degrés de longitude , par cela seul qu'il auroit signalé cinq unités de degrés appartenantes à une dixaine im- paire , et que l'autre bâtiment se trouveroit par les cinquante degrés.

On peut néanmoins supposer que le point de ce dernier lui donnant cinq unités de degrés appartenantes à une dixaine paire, quarante-cinq par exemple, on lui signale aussi cinq unités de degrés , mais appartenantes à une dixaine impaire : il lui seroit impossible de déterminer si on lui signale trente- cinq ou cinquante-cinq, puisque, dans les deux cas^ il au- roit également dix degrés de différence.

Sans doute cette hypothèse jetteroit dans un très - grand embarras 5 mais on n'a point à craindre qu'elle se réalise. Jamais deux bâtimens naviguant de conserve ne peuvent avoir dans leur longitude une différence de dix degrés , ou , ce qui est la même chose,, de cent quatre-vingts lieues.

92 Cours élémentaire

Il est évident, d'après tout ce que je viens de dire y que , dans le concours des dixaines signalées, il faut toujours prendre celle qui se rapproche le plus de la longitude qu'on

a soi-même.

Le signal pour indiquer si les unités de degrés appar- tiennent à une dixaine paire ou impaire , sera de deux coups de canon pour les dixaines paires , et d'un seul coup pour les dixaines impaires ? tirés à mesure qu'on amènera le signal (1).

On pourroit encore convenir d'apiquer totalement une vergue, celle du grand hunier par exemple, deux fois pour les dixaines paires , et une fois pour les impaires. Dans le cas l'on emploieroit cette méthode , on attendroit , pour redresser la vergue , que le signal d'aperçu eût été fait par le général et les répétiteurs.

Nul doute cependant que les coups de canon seront préfé- rables lorsque les circonstances n'empêcheront pas d'en tirer.

On voit , d'après la manière de compter et de signaler les dixaines paires ou impaires , que si l'on signale deux unités de degrés , sans signal qui indique qu'elles appartiennent à une dixaine quelconque, le nombre des degrés signalés doit être compté sans dixaine j de sorte que , dans ce cas , le signal n'indiqueroit que deux degrés de longitude.

Mais , dans ce cas même , il s'élèvera un doute d'un autre genre , et il faudra déterminer si la longitude est orientale ou occidentale.

(1) On pourroit se dispenser de tirer ces coups de canon toutes les fois qu1 auroit lieu de penser qu'il ne peut pas y avoir quatre-vingts ou cent lieues d différence entre les longitudes des bàtimens qui naviguent de conserve.

on

e

DE TACTIQUE NAVALE. 9 3

Si elle est occidentale } on la désignera par deux coups de canon tirés en hissant le signal j on en tirera trois 3 si elle est orientale»

J'ai dit que la couleur du pavillon supérieur (jaune et noir ) sert à faire connoître que le signal appartient à. la longitude 5 j'ai dit encore que la valeur numérique de ce pavillon détermine (en retranchant le chiffre de la dixaine) les unités de degrés de longitude qu'on a à signaler \ mais 011 ne pourroit faire usage de ce pavillon supérieur, si on avoit zéro de degré à signaler ; et alors les autres bâtimens ne pourroient point savoir si le signal est relatif à la longitude. On obviera à cet inconvénient, en substituant le guidon numéraire au pavillon que le zéro de degré ne permettra pas de hisser.

Supposons donc qu'on ait zéro de degré et quarante-sept minutes de longitude occidentale observée à signaler : on hissera le pavillon national supérieur au guidon numéraire 5 le pavillon n°. 1 6 sera placé au-dessous du guidon.

Le triple de la valeur numérique de ce pavillon , qui est 48 , indiquera le nombre de minutes. On tirera ensuite deux coup de canon , en hissant le signal pour indiquer que la longitude signalée est occidentale.

Si on avoit zéro de minute , on le désigneroit en substi- tuant le pavillon égal à tous à celui qui est destiné à les signaler.

Ainsi supposons que l'on ait à signaler soixante-dix degrés et zéro de minute de longitude estimée, on placera le pavillon jaune et noir, devenu 1 o, supérieur au pavillon national, et le pavillon égal à tous, inférieur aux deux autres. On tirera un coup de canon en amenant le signal , pour faire connoître

94 Cours élémentaire

que les dix unités signalées appartiennent à une dixaine impaire. Il suffira donc que les bâtimens auxquels on fait le signal comptent depuis soixante-un jusqu'à soixante-dix- neuf degrés, pour qu'il soit évident que la longitude signalée est de soixante-dix degrés.

D'après tout ce que je viens de dire , il est évident qu'un bâtiment qui auroit à signaler qu'il est sur le premier mé- ridien , longitude observée , le feroit connoître en hissant le pavillon national supérieur , le guidon numéraire , et le pa- villon égal à tous , inférieur aux deux autres signes.

Si la longitude n'étoit qu'estimée , le pavillon national seroit placé entre les deux autres signes.

83. Les points de rendez-vous pour le ralliement, en cas de séparation , sont donnés par les généraux , avant la sortie des ports , à tous les bâtimens sous leurs ordres : mais un avis imprévu, une chasse qui obligeroit de former plu- sieurs divisions, un changement de projet, peuvent néces- siter la détermination d'un nouveau point de ralliement.

Comme il est possible que , dans ces momens , les bâti- mens ne puissent pas communiquer , il est évident que le nouveau rendez-vous ne peut être désigné qu'en signalant sa latitude et sa longitude.

Les dix pavillons rouges et blancs indiqueront la latitude j la longitude sera désignée par les dix pavillons jaunes et noirs , en observant de retrancher, pour le moment du signal, le chiffre exprimant la dixaine qui précède l'unité indicative de leur numéro, 82.

Le signal du rendez-vous est composé de trois pavillons du tableau général. Les deux supérieurs indiqueront , par leur valeur numérique , le nombre des degrés , soit de lati-

DE TACTIQUE NAVALE. q5

tude ? soit de longitude. Les minutes seront exprimées p ai- le triple de la valeur numérique du pavillon inférieur.

La valeur numérique du premier pavillon supérieur expri- mera les dixaines , et le second exprimera les unités de degrés.

Si on avoit zéro de dixaine , ou zéro d'unité, on rempla- ceroit par le pavillon égal à tous celui des deux pavillons qui doit désigner , soit les unités , soit les dixaines.

Si on n'avoit ni dixaine ni unité de degré ? on joindrait au pavillon égal à tous un guidon d'aire de vent pour la lati- tude j et le guidon numéraire pour la longitude.

Le guidon d'aire de vent ? ou le guidon numéraire , se trouvant combinés avec deux autres pavillons 7 on ne pourra jamais confondre ces signaux avec tout autre ? puisque les guidons seront combinés avec le pavillon égal à tous ; ce qui ne se rencontre jamais dans aucun autre signal.

Dix pavillons , qui suffisent pour exprimer les quatre- vingt-dix degrés de latitude ? ne peuvent pas exprimer les cent quatre-vingts degrés de longitude : mais comme il ne peut pas y avoir cent degrés de différence entre le point l'on se trouve et le point du nouveau rendez-vous ? la centaine de degrés sera sous-entendue ? lorsque la longitude actuelle de l'armée donnera lieu à la compter.

Le nouveau rendez-vous pouvant exiger que l'on détermine si la latitude est nord ou sud, on le fera connoître par un coup de canon tiré en amenant le signal, si elle est nord ? et par deux coups de canon , si elle est sud.

On désignera de même la longitude par un coup de canon tiré en amenant le signal , si elle est occidentale , et par deux coups , si elle est orientale.

g 6 Cours élémentaire

Dans tous les cas , le général devra commencer par signa- ler son point. Quelque fautif qu'il puisse paroître , tous les bâtimens devront 1 adopter et le prendre pour point de départ ? si toutefois le point de ralliement n'est pas en vue d'une terre ( 1 ) , sans quoi il pourroit arriver que les uns crussent devoir gouverner dans Vest > tandis que d'autres se croiroient obligés de courir dans V ouest ; ce qui seroit le résultat immédiat de la différence respective des points.

Si le général vouloit donner pour point de ralliement celui se trouve l'armée au moment même du signal , il le feroit connoître par un des signaux du chapitre général cet ordre aura être énoncé.

Le général aura encore à déterminer le nombre de jours à rester sur le point de rendez-vous pour attendre le rallie- ment complet. Pour cela , il fera succéder un signal numé- raire au signal du rendez - vous. Ce signal déterminera le nombre de jours à rester sur le point de ralliement ? à compter du jour même du signal.

A mesure que les bâtimens arriveront au rendez-vous, le plus ancien capitaine leur distribuera les bordées à courir il déterminera la distance à laquelle ils devront s'éloigner les uns des autres. Par ce moyen, on pourra accélérer le ralliement , et ramener ceux qui 9 par une erreur dans leurs points particuliers ? se trouveroient attendre leurs camarades sur tout autre point que celui indiqué par le général. Si on

(1) On sent que si le nouveau rendez-vous est en pleine mer, il est absolument relatif au point du général : il est donc indispensable que tous les vaisseaux se règlent sur son point. Mais si le rendez -vous étoit à vue d'une côte, les capitaines ne devroient adopter le point du général qu'autant qu'ils pourroient le croire plus exact que le leur.

DE TACTIQUE 1T A V A I e; 9 y

a lieu de se croire assuré de la latitude , la différence dans les points ne pouvant provenir que de la longitude, il est évident que les bâtimens devront s'étendre dans la direction est et ouest.

84. Il y a beaucoup de manœuvres qui doivent être exécutées au moment même le signal est aperçu j mais il en est aussi qui exigent de l'ensemble dans les mouve- mens, et dont l'exécution ne peut être simultanée qu'autant qu'on détermine le moment elle doit commencer. On est dans l'usage de déterminer ce moment par un signal fait avec un seul pavillon. Cela me paroît inutile et même nui- sible , en ce qu'il faut attendre un second signal pour com- mencer l'exécution du premier. Ce moment peut être suffi- samment déterminé par celui l'on amène le signal.

Il est vrai que si on vouloit annuller un signal encore bissé, il seroit à craindre que son exécution commençât au moment on le verroit amener. Il faudroit donc , pour prévenir cet inconvénient , qu'avant d'amener le signal on hissât le pavillon égal à tous , que je suppose adopté pour indiquer qu'on annulle le signal.

Si , l'armée étant en ligne , le mouvement signalé devoit commencer à l'avant -garde, le pavillon d'annullement de- vroit être placé de préférence au mât de misaine. Si le mouvement devoit commencer à l'arrière - garde , le signal d'annullement devroit être placé de préférence au mât d'ar- timon. Dans tous les cas, et pour ne pas s'exposer à des équivoques , on se hâteroit d'amener le signal de l'ordre annullé.

85. Il est indispensable de faire connoître , par un moyen facile , qu'on a suffisamment distingué , ou qu'on ne

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^8 Cours élémentaire

peut reconnoître un signal fait par un vaisseau , sur - tout lorsqu'il est à un grand éloignement. Dans le dernier cas , ce vaisseau doit être averti, i°. pour qu'il conserve le signai jusqu'à ce qu'on lui apprenne qu'on l'a suffisamment distin- gué : 20. pour qu'il emploie tous les moyens d'en faciliter la reconnoissance (1).

Il est à désirer que ces deux avis puissent être signalés par un seul signe : mais comme il convient de réserver les ■vingt pavillons pour les signaux de combat , on pourra faire connoître , par une flamme quelconque des signaux , qu'on a suffisamment distingué le signal fait par le bâtiment éloi- gné j et si on ne l'a pas distingué , on pourra le faire con- noître par un des trois guidons.

8 5 hls. Il est absolument nécessaire que le général, placé au centre de l'armée que je suppose en ligne , soit prompte- înent avisé du moment les vaisseaux des extrémités auront eu connoissance des signaux, soit de jour, soit de nuit, qu'il sera dans le cas de faire ; car c'est de cet avis donné à propos que dépendent et la célérité de l'exécution , et le succès des mouvemens ordonnés.

Pour remplir cet objet, le chef de file et le serre- file de l'armée auront, pendant le jour, le signal d'aperçu toujours

(1) Lorsque le vent n'est pas assez fort pour faire battre les pavillons, on doit les enverguer ou les hisser de préférence, en les fixant par les deux bouts, le long de la balancine de la vergue la plus haute. On auroit l'attention de l'amener assez pour que les pavillons soient bien isolés, et de la brasser, pour qu'ils présentent toute leur largeur sans se masquer les uns les autres relativement aux bâtimens auxquels le signal est adressé.

Si ces bâtimens étoient droit de l'avant ou de l'arrière de celui qui signale, on pourroit hisser les pavillons ainsi envergués le long de la drisse de la bonnette du grand hunier.

DE TACTIQUE NAVALE, 09

frappé à une drisse, afin de le hisser aussitôt qu'ils auront suffisamment reconnu le signal. Lorsque îe vaisseau destiné à commencer le mouvement aura hissé son signal d'aperçu , les frégates du centre, et celles de l'extrémité de la ligne ce vaisseau est placé , se hâteront d'amener à mi-mât et de rehisser vivement le signal du général j elles continueront de l'amener et de le hisser successivement , jusqu'à ce que le général amène son signal : alors elles s'empresseront d'ame- ner tout-à-fait le leur , en tirant un coup de canon , pour mieux marquer encore le moment de l'exécution de l'ordre signalé.

Si le vaisseau de l'autre extrémité de l'armée n'avoit point encore fait connoître qu'il a reconnu le signal du général , les frégates attachées à cette extrémité n'ameneroient le signal et ne tireroient le coup de canon que lorsque ce vaisseau auroit hissé son signal d'aperçu.

Je suppose ici que les vaisseaux de tête ou de queue de l'armée sont sous le feu j s'ils n'y étoient pas , ils ajoute- roient un coup de canon au signal d'aperçu.

Pendant la nuit, le pavillon d'aperçu sera remplacé par un feu que les vaisseaux des extrémités hisseront et amène- ront vivement à l'instant ils auront reconnu le signal. Les frégates répétiteurs se conduiront de la manière que je viens d'indiquer pour les signaux faits pendant le jour.

Comme ce n'est que par les répétiteurs que les vaisseaux des extrémités peuvent avoir promptement connoissance des signaux du général, il est évident qu'on ne peut se dispenser d'avoir des personnes de confiance qui aient sans cesse les yeux sur les répétiteurs.

8 6. Il reste peut-être à désirer que j'indique les moyens

îoo Couns ÉL^IElf TAUÊ

de signaler les mots d'ordre. Cela seroit facile , au moyen du guidon numéraire inférieur à deux pavillons qui expri- meraient chacun un mot différent ; mais comme les mots d'ordre sont indépendans des positions, il me semble qu'il vaudroit mieux donner aux capitaines une série de mots d'ordre pour tous les jours du mois.

Pour reconnoître si un bâtiment à portée est ami ou ennemi , on le hélerait d'abord pour lui demander l'heure qu'il compte 5 à quoi il devroit répondre par la date du jour (1). On lui donnerait ensuite le premier mot d'ordre, et il répondrait par le second.

On ne doit pas néanmoins s'en rapporter à cette première épreuve. Un bâtiment ennemi ( et ceci n'est pas sans exemple ) peut s'être glissé dans une escadre, dans un convoi, et avoir entendu les questions et réponses des bâtimens qui auroient cherché à se reconnoître. On devra donc, pour prévenir l'abus qu'il pourrait faire de ces connoissances acquises , se deman- der réciproquement les noms du vaisseau , du capitaine , du second , des principaux maîtres ; questions insignifiantes en apparence , mais contre lesquelles un intrus ne pput pas être prémuni , et qui, sous ce rapport, sout préférables aux mots d'ordre.

. Cette extrême vigilance est sur-tout indispensable à l'égard de tout bâtiment se disant porteur d'ordres verbaux du général : à plus forte raison si ces ordres prescrivent des

(1) Cette manière d'interroger et de répondre est absolument indispensable pour prévenir les méprises résultantes de la différence des horloges. L'une peut compter au-dessus de minuit, et l'autre au-dessous 5 ce qui donneroit une date différente j et par conséquent des mots d'ordre différens.

DE TACTIQUE K A V A L E. loi

chan^emens de route , ou exposent à des manœuvres , d'où il pourroit résulter une séparation.

8 7 . Quelques circonstances peuvent exiger que l'on change la série des numéros des pavillons ( 1). On aura dans le tableau oénéral un signal destiné à prévenir l'armée du changement qu'on se propose.

Ce signal devra être préalablement répété par tous les bâtimens. Le général hissera ensuite un pavillon quelconque, qui, par cela même, deviendra le numéro un (2). Les pavil- lons qui le suivoient dans le tableau général resteront dans le même ordre ; mais leur quantité numérique diminuera dans la même proportion que celle du pavillon qui est devenu le 1. Quant à ceux qui le précédoient, ils seront mis à la suite des autres , et dans l'ordre inverse 5 c'est-à-dire que celui qui précédoit immédiatement le pavillon devenu 1 par le changement, deviendra le dernier de tous.

Si le général signale que le pavillon i3, par exemple , va devenir le premier, la nouvelle série des pavillons sera i3, i4*"« 19i 20.... i92.... 1 2 . Ainsi le pavillon io étant devenu n<> 1 , celui 1 4 sera 2 9 etc. etc. Celui qui étoit 1 deviendra 9, et celui qui étoit no 1 2 sera 20, comme on peut le voir par la série suivante :

1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9,10,11,12,13,14,15,16,17,10,19,20; 13,14,15,16,17,18,19,20; 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 8,10,11,12.

(1) Les guidons et les flammes n'ayant par eux-mêmes aucune valeur directe, il n'y a point d'inconvénient à leur laisser celle qu'on leur a affectée , afin de ne point s'exposer aux embarras qui pourroient résulter d'un changement trop compliqué.

(2) Pour prévenir tout doute sur l'indicajàon de ce pavillon , on tirera deux coups de canon en. le hissant.

102 Cours élémentaire

Le changement opéré dans le tableau général entraine celui clés tableaux particuliers , en suivant le même ordre. Mais puisqu'il ne faut que seize pavillons pour signaler les trente-deux aires de vent ? on prendra pour les signaler les seize premiers pavillons du tableau général ainsi changé.

On ne fait guère ce changement de pavillons que parce qu'on suppose que l'ennemi a pu acquérir quelque connois- sance des signaux (1)5 d'où il suit que s'il étoit en vue ? il faudroit faire transmettre par des bâtimens l'ordre verbal du changement de pavillon, et le numéro de celui qui doit être à la tête de la nouvelle série : et lorsque la manœuvre des porteurs d'ordre auroit fait connoître que les bâtimens les plus éloignés ont été prévenus du changement de série , le général marqueroit par un coup de canon qu'à partir de ce moment , c'est par cette nouvelle série qu'il faudra déterminer les signaux.

SECTION IL

Des signaux de nuit.

88. Les signaux de nuit seront divisés par chapitres j ils seront faits par des coups de canon tirés en un seul temps ou en deux temps. Dans ce dernier cas , ceux du premier temps sont appelé supérieurs } ceux du second temps sont appelés inférieurs.

Les fanaux représenteront les coups de canon. On placera

(1) Indépendamment des accidens qui peuvent faire tomber les signaux dans les mains de l'ennemi , il est certain qu'il parviendra à connoître la signification de beaucoup de signaux , toutes les fois que les deux armées auront manœuvré quelque temps en présence l'une de l'autre.

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supérieurs ceux du premier temps ; et ceux du second seront placés Inférieurs , et de manière qu'on ne puisse pas les confondre. Les fanaux de chaque temps seront assez rap- prochés pour qu'à eux tous ils prennent le moins de hauteur possible , sans cependant leur rien faire perdre de l'espace nécessaire pour les bien distinguer.

On formera une table ( 8 ) composée de colonnes hori- zontales et verticales , en nombre égal à celui des coups de canon supérieurs et inférieurs qu'on aura adopté pour for- mer les signaux. On mettra dans les cases formées par l'in- tersection de ces colonnes les ordres ou avis à signaler^ et on se servira de ce tableau de la même manière que je l'ai indiqué pour le tableau général ; de sorte que la case se rencontreront les colonnes horizontales et verticales indi- quera l'ordre signalé. On fera autant de ces tables qu'on aura de chapitres de signaux de nuit.

Pour prévenir les inconvéniens résultans d'un trop grand nombre de coups de canon ? ou d'un nombre correspondant de fanaux , on doit les restreindre à six ou sept au plus pour un signal ; ce qui rend inutiles les cases que donneroit la combinaison d'un plus grand nombre de coups de canon : de sorte que chaque table donnera vingt-un signaux , si on em- ploie six coups de canon , et vingt-huit signaux, si on emploie sept coups.

Je réduis les signaux de nuit à trois chapitres.

Dans le premier, on ne tirera point de fusées.

Dans le second, on tirera une ou plusieurs fusées entre les deux temps du signal.

Dans le troisième , on tirera une ou plusieurs fusées à la fin du dernier temps du signal.

io/f Cours élémentaire

Je ne me dissimule point qu'on pourroit établir un qua- trième chapitre, dans lequel les fusées précéderoient les coups de canon du premier temps. Je n'ai pas cru devoir l'adopter. Je ne vois aucun inconvénient à ce que les fusées soient pré- cédées de coups de canon , dont le bruit éveille l'attention et la tourne du côté le signal se fait ; de sorte qu'il est impossible qu'on ne voie pas les fusées qui devront suivre : au lieu qu'il peut y en avoir beaucoup à commencer le signal par des fusées, que souvent, faute d'être prévenus, plusieurs vaisseaux pourroient bien ne pas apercevoir j et lorsqu'on entendra les coups de canon , quel moyen aura-t-on de s'as- surer qu'ils n'ont pas été précédés de fusées ? quelle source d'inquiétudes et de méprises !

Si l'on croyoit devoir adopter un quatrième chapitre de signaux de nuit , il me semble que la meilleure manière de le distinguer des trois autres , seroit de tirer des fusées avant et après le second temps : mais comme en augmentant le nombre des signes on prolonge le temps nécessaire au signal ? on pourroit ne composer ce quatrième chapitre que des ordres les moins importans.

Dans les signaux à coups de canon , l'intervalle d'un coup à l'autre doit être de dix secondes , c'est-à-dire , du temps nécessaire pour compter posément de un à dix.

L'intervalle du premier au second temps du signal doit être d'une minute, ou du temps nécessaire pour compter de un à soixante.

S'il arrivoit que , par de faux feux , ou par la maladresse du canonnier , il y eût plus de dix secondes d'intervalle entre les coups de canon du premier temps , il faudroit augmenter dans la même progression celui à mettre entre les deux temps du signai,

DE TACTIQUE NAVALE. 10 S

Les répétiteurs à coups de canon mettront au moins deux, mais jamais plus de trois minutes d'intervalle entre les répé- titions qu'ils auront à faire successivement, et l'un après l'autre , du même signal. Tous les vaisseaux le répéteront par autant de fanaux supérieurs et inférieurs qu'il y aura eu de coups de canon dans le premier et le second temps.

Lorsqu'un signal sera composé de coups de canon et de fusées , il faudra mettre le moins d'intervalle possible entre ces deux différens signes.

Si étant dans une position à ne pas se permettre des coups de canon , on vouloit conserver la ressource de tous les signaux de nuit , on pourroit suppléer aux coups de canon en brûlant des amorces.

Mais , dans ce cas , comme les amorces n'ont pas l'avan- tage d'appeler l'attention par le bruit , on sent de quelle im- portance il est que le vaisseau qui fait un signal indique par des fanaux le nombre des amorces qu'il a brûlées.

88 bis. Les signaux à coups de canon ne pouvant être faits pendant le combat, tous les ordres y relatifs devront être contenus dans le premier chapitre , puisque c'est le seul qui , n'employant pas les fusées , puisse permettre de rem- placer les coups de canon par des fanaux. Cependant les bâtimens répétiteurs, placés hors de la ligne , devront y ajouter les coups de canon , dont le bruit attirera plus particulière- ment l'attention des vaisseaux, qui , par cela seul qu'ils sont en ligne , ne peuvent pas toujours voir directement les signaux du général.

Puisque , dans les combats de nuit , on ne peut faire usage que d'un seul chapitre , on ne peut point se flatter que les vingt -un ou vingt -huit signaux qu'il renferme puissent suf- i. 14

106 Cours élémentaire

fire à signaler tons les ordres que le général est dans le cas de donner. La difficulté de juger la position respective des deux armées , celle d'ordonner les mouvemens , celle de les exécuter ? qui s'accroît en raison de l'obscurité ; tout cela7 dis - je , ne retranche rien aux événemens 7 qui exigent